UDB OU LES BÂTISSEURS DE L’INDIGNITÉ HUMAINE Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Ces derniers temps, plusieurs scènes, attitudes et comportements venus des cercles du pouvoir nous ont interpellés. Pris séparément, ils pourraient sembler anecdotiques. Mis bout à bout, ils disent pourtant quelque chose de notre manière de concevoir l’autorité, le sens des responsabilités et le rapport au citoyen. C’est ce constat qui nous a conduits à proposer ce diptyque, « La République côté cour » : regarder, au-delà des discours et des incantations, ce que certains gestes révèlent de la République telle qu’elle se pratique et se donne à voir. Dans cette première partie, une image nous arrête particulièrement : celle d’un député du parti au pouvoir dont le comportement suscite une profonde indignation.
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UDB OU LES BÂTISSEURS DE L’INDIGNITÉ HUMAINE
Il est des images qui charrient à elles seules un message d’abaissement, d’avilissement, de dégradation de l’homme. Celle-ci en pulvérise toutes les limites.
Un homme, présenté comme un jeune responsable de l’Union démocratique des bâtisseurs, installé dans un tipoye et porté à bout d’épaules par d’autres hommes.
Au Gabon. En 2026.
L’image est sidérante.
Elle renvoie à ces représentations d’un autre âge où des hommes servaient de moyen de locomotion aux puissants.
Des hommes portent un homme.
Le peuple peut proposer. Le dirigeant doit savoir refuser
Mon indignation ne vise pourtant pas les populations. Dans certaines régions, notamment en milieu rural, le tipoye peut encore être perçu comme une marque d’honneur ou de considération. Ceux qui le proposent ne mesurent pas nécessairement toute la charge historique et symbolique de l’image.
La responsabilité du leader commence justement là : savoir discerner ce que l’enthousiasme populaire peut offrir et ce que la dignité commande de refuser.
J’en ai personnellement fait l’expérience.
En 2016, pendant la tournée préélectorale de Jean Ping, les populations d’Okondja avaient préparé un tipoye pour le porter. Elles voulaient l’honorer.
Jean Ping a refusé.
Sans arrogance, sans mépris, sans humilier personne. Il les a remerciées, leur a remis une somme symbolique en reconnaissance de l’honneur qu’elles avaient voulu lui faire, mais leur a expliqué qu’en 2016, il ne se voyait tout simplement pas porté à dos d’homme.
Nous étions autour de lui. Et nous étions d’accord.
En 2016, quelqu’un avait eu cette lucidité.
Dix ans et un coup d’État plus tard, quelqu’un dit oui.
Après tant de discours sur la rupture, la restauration de la dignité, nous voici revenus au tipoye.
Le paradoxe devient plus inquiétant encore lorsqu’on apprend que l’homme ainsi porté serait un jeune responsable de premier plan de l’UDB, présenté comme le président national de sa Ligue des jeunes.
Un jeune.
Donc, en principe, l’avenir de ce parti.
Or l’UDB est aujourd’hui le parti au pouvoir. Ce qui s’y construit ne concerne donc pas seulement ses militants. Cela engage aussi, d’une certaine manière, l’image politique du pays.
Si l’avenir de ce parti se construit à dos d’homme, dans une imagerie aux relents d’asservissement que l’on croyait appartenir au passé, alors il y a de quoi être inquiet.
Inquiet pour leur parti, certes.
Mais surtout inquiet pour mon pays.
La proximité avec le premier cercle du président fondateur du parti devrait imposer davantage de réserve, de retenue, d’élégance et de responsabilité à cet élu.
Ici, c’est l’inverse.
On se livre à des bouffonneries avilissantes qui abaissent l’homme, dégradent la classe politique et renvoient du Gabon une image profondément affligeante.
Qu’ils dégradent l’image de leur propre parti, après tout, cela les regarde.
Mais lorsqu’ils touchent à la dignité humaine, cela nous regarde tous. Et nous n’avons plus le droit de nous taire.
Un militant n’est ni un domestique, ni un marchepied, ni un moyen de transport.
C’est un citoyen.
Un homme debout.
Le véritable leader ne mesure pas son importance au nombre d’hommes capables de le soulever. Il la mesure à sa capacité à leur demander de rester debout.
C’est ici que cette phrase de l’abbé Fulbert Youlou, premier président du Congo, prend une résonance terriblement actuelle :
« Un jour, des fous vous gouverneront et vous les applaudirez. »
Michel Ongoundou Loundah