Université Omar Bongo : 18 000 étudiants pour 8 000 places, le SNEC-UOB dénonce une université à bout de souffle
L’Université Omar Bongo à Libreville Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À quelques semaines de la rentrée académique 2026-2027, l’Université Omar Bongo (UOB) se retrouve une nouvelle fois au cœur des inquiétudes. Le Syndicat national des enseignants-chercheurs de l’UOB (SNEC-UOB) a tiré la sonnette d’alarme, le 11 août dernier sur la situation infrastructurelle, financière et managériale de la principale université du pays. Réunis pour faire le point sur la situation de l’institution, les enseignants-chercheurs ont également abordé deux dossiers majeurs : la dette pédagogique et le projet de réforme du Statut général des fonctionnaires de l’État.
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« L’heure n’est plus aux demi-mesures, mais à l’action d’urgence », estime le SNEC-UOB dans un communiqué signé par Mathurin Ovono Ébè, maître de conférences CAMES, et parvenu à la rédaction de Le Radar.
Dette pédagogique : un accord pour apurer 464,9 millions FCFA
Le dossier de la dette pédagogique, qui avait conduit le syndicat à envisager un boycott de la rentrée universitaire 2026-2027, connaît désormais une évolution.
Le rectorat de l’UOB et le SNEC-UOB ont signé, le 7 août dernier, un protocole d’accord portant sur l’apurement d’une dette évaluée à 464 937 832 FCFA.
Selon les termes de l’accord, le règlement sera étalé sur trois exercices budgétaires : 40 % en 2027, 30 % en 2028 et les 30 % restants en 2029.
Cette issue intervient alors que les tensions autour de la rentrée universitaire menaçaient de s’accentuer. Le syndicat indique que l’intervention du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a contribué à calmer la situation.
Réforme du statut : le SNEC-UOB dit non à la fin de l’avancement automatique
Autre sujet de préoccupation : le projet de réforme de la loi n°8/91 portant Statut général des fonctionnaires de l’État.
Si le SNEC-UOB reconnaît certaines avancées du projet, il rejette la suppression de l’avancement automatique, considéré comme un mécanisme garantissant l’équité entre les agents publics.
Le syndicat redoute notamment qu’un système reposant exclusivement sur le mérite ouvre la voie au favoritisme, au clientélisme et à d’autres formes de discrimination.
« Conditionner l’avancement exclusivement au mérite est une voie d’exclusion », estime le SNEC-UOB, qui appelle le chef de l’État à intervenir afin de faire retirer cette disposition du projet de loi.
18 000 étudiants pour 8 000 places
Au-delà de ces questions, c’est la capacité d’accueil de l’UOB qui inquiète le plus le syndicat.
Selon les chiffres avancés par le SNEC-UOB, l’université accueille actuellement 18 000 étudiants pour seulement 8 000 places assises, soit un taux d’occupation de 225 %.
Une situation qui pourrait considérablement s’aggraver dès la prochaine rentrée.
Le syndicat estime que l’arrivée de 15 000 nouveaux bacheliers, auxquels pourraient s’ajouter le retour d’une partie importante des étudiants gabonais actuellement en France, pourrait porter les effectifs de l’UOB à plus de 30 000 étudiants.
Pour le SNEC-UOB, l’établissement risque ainsi de fonctionner à près de quatre fois sa capacité théorique.
Un déficit d’infrastructures qui dure depuis trois décennies
Face à cette pression démographique annoncée, le syndicat déplore l’insuffisance des investissements réalisés sur le campus.
Selon le SNEC-UOB, aucun nouveau bâtiment n’aurait été construit sur le campus depuis 1995. Une situation qui, estime-t-il, traduit près de trois décennies de stagnation des infrastructures universitaires.
L’enseignement à distance ne permettrait pas, dans l’immédiat, de compenser ce déficit, en raison notamment des insuffisances de la couverture numérique du campus.
Le syndicat réclame donc un véritable « Plan Marshall numérique », avec le déploiement de la fibre optique, la généralisation du Wi-Fi et la mise en place d’une plateforme d’e-learning.
Le président du SNEC UOB Mathurin Ebè
Un bâtiment de 3 milliards de FCFA à l’arrêt
Sur le plan des infrastructures, le SNEC-UOB pointe également du doigt un chantier de grande importance.
Il s’agit d’un bloc pédagogico-administratif financé à hauteur de 3 milliards de FCFA grâce à une dotation présidentielle. Selon le syndicat, les travaux seraient à l’arrêt depuis plusieurs mois.
Le SNEC-UOB demande un audit financier afin de déterminer les causes de ce retard et les éventuelles responsabilités.
L’objectif affiché est de permettre l’achèvement du bâtiment dès septembre 2026 et de créer environ 800 places supplémentaires.
Le syndicat réclame également la construction de deux amphithéâtres de 500 places chacun, initialement prévus mais toujours absents du campus.
Vers un nouveau modèle économique ?
Pour sortir l’UOB de sa précarité financière, le SNEC-UOB propose également une réforme de son modèle économique.
Parmi les pistes avancées figure l’autorisation pour l’université d’ouvrir un compte dans une banque commerciale afin de pouvoir mobiliser davantage de financements privés, du mécénat et des financements internationaux.
Le syndicat propose également de revoir les frais d’inscription, avec une fourchette comprise entre 50 000 et 100 000 FCFA, en référence au plancher CEMAC.
Avec 30 000 étudiants et une moyenne de 70 000 FCFA par inscription, le SNEC-UOB estime que cette mesure pourrait générer environ 2,1 milliards de FCFA de recettes.
Une proposition qui, selon le syndicat, devrait toutefois être accompagnée de mécanismes stricts de contrôle.
Il préconise notamment la création d’un compte d’affectation spéciale placé sous le contrôle du Conseil d’administration. Les recettes seraient destinées à hauteur de 75 % aux infrastructures et aux laboratoires, et de 25 % au fonctionnement de l’institution.
Faire de l’UOB un acteur économique à part entière
Le SNEC-UOB veut également mettre à contribution l’expertise de ses enseignants-chercheurs.
Le syndicat propose que l’État confie davantage d’études, d’audits et d’évaluations d’impact à l’université plutôt qu’à des cabinets privés.
Il préconise aussi la création d’une régie commerciale autonome chargée de valoriser le patrimoine foncier de l’UOB, notamment à travers la location d’espaces et la gestion des activités commerciales présentes sur le campus.
Les bénéfices générés pourraient, selon le syndicat, contribuer au paiement des vacations pédagogiques et à l’acquisition de matériel didactique.
Le dialogue social comme ultime levier
Pour le SNEC-UOB, la situation actuelle ne peut plus être traitée par des mesures ponctuelles.
Le syndicat appelle donc le gouvernement à ouvrir une véritable table de négociation avec les partenaires sociaux de l’enseignement supérieur, afin de définir une stratégie durable pour l’Université Omar Bongo.
À l’approche d’une rentrée qui s’annonce particulièrement chargée, l’équation est désormais posée : comment accueillir plusieurs milliers de nouveaux étudiants dans une université dont les capacités d’accueil sont déjà largement dépassées ?
Pour le SNEC-UOB, la réponse passe par des investissements massifs, une réforme du modèle économique et un dialogue social renforcé. Une urgence qui, à ses yeux, ne peut plus être repoussée.
