Le conseil de paix et de sécurité en plein travaux ( Internet) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Le Gabon a été élu au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine à l’issue de la 48ᵉ session ordinaire du Conseil exécutif, tenue mercredi dernier à Addis-Abeba en Éthiopie.Une désignation saluée par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, qui y voit un signe de confiance des États membres et une reconnaissance du rôle diplomatique de Libreville sur le continent.
Toutefois, cette élection du Gabon au Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine intervient dans un contexte continental particulièrement tendu.
Multiplication des coups d’État, conflits armés persistants, montée du terrorisme au Sahel, instabilités institutionnelles : jamais l’architecture africaine de paix n’a été autant mise à l’épreuve.
Un organe aux pouvoirs étendus… sur le papier
Créé en 2004, le CPS est censé être le bras opérationnel de l’Union africaine en matière de prévention, de gestion et de règlement des conflits. Inspiré du Conseil de sécurité de l’ONU, il dispose, en théorie, de leviers importants : sanctions contre les régimes issus de coups d’État, autorisation de missions de soutien à la paix, médiations politiques, mécanismes d’alerte précoce.
…Mais une efficacité limitée par la réalité politique
Dans la pratique, toutefois, l’efficacité du CPS reste contrainte par un facteur clé : la souveraineté des États. Les décisions reposent sur le consensus politique entre États membres, dont certains sont eux-mêmes concernés par des transitions controversées ou des tensions internes. Cette réalité limite parfois la fermeté des positions adoptées.
La concurrence ou la complémentarité avec l’Organisation des Nations unies demeure également un enjeu central. Dans des crises majeures comme celle de la République démocratique du Congo, ce sont principalement les dispositifs onusiens qui assurent la présence militaire la plus significative.
Que peut réellement gagner le Gabon ?
Pour le Gabon, siéger au CPS représente avant tout un levier diplomatique. Cela permet :
d’influencer les décisions continentales en matière de sécurité ;
de renforcer son image d’acteur engagé pour la stabilité régionale ;
de consolider sa place dans les équilibres diplomatiques africains.
Dans un contexte où les organisations sous-régionales, comme la Communauté économique et monétaire des États de l’Afrique centrale (CEMAC), traversent des difficultés financières, le CPS demeure l’un des rares espaces décisionnels continentaux où se définissent les grandes orientations sécuritaires.
Entre symbole politique et responsabilité stratégique
L’enjeu pour Libreville sera de transformer cette présence en influence réelle. Cela suppose une diplomatie active, des propositions concrètes et une capacité à fédérer des positions communes.
Le CPS n’est pas une force militaire autonome capable d’imposer la paix par la contrainte. Il reste un cadre politique de coordination, dont l’efficacité dépend de la volonté des États membres et des moyens mobilisés.
En définitive, le CPS dispose-t-il du soutien politique et financier nécessaire pour agir pleinement ? Le mandat du Gabon s’inscrit donc moins dans une logique de prestige que dans un test de crédibilité pour l’architecture africaine de paix.
Pour rappel
Les pouvoirs du CPS, conjointement avec le Président de la Commission de l’UA, consistent entre autres à :
anticiper et prévenir les différends et les conflits, ainsi que les politiques susceptibles de conduire à un génocide et à des crimes contre l’humanité ;
exécuter des fonctions de rétablissement et de consolidation de la paix afin de résoudre les conflits là où ils se manifestent ; autoriser la mise en place et le déploiement de missions de paix et élaborer les directives pour la conduite de ces missions, y compris leur mandat.
Pour certains observateurs, cette élection reste une promesse symbolique, un « miroir aux alouettes » plutôt qu’un véritable levier de changement.