Violation des droits humains version UDB, ou quand les « Libérateurs » chaussent les bottes du PDG
Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Liberté d’expression sous pression, critiques de plus en plus sensibles et accusations de dérive autoritaire : le climat politique gabonais suscite de nombreuses interrogations depuis l’arrivée des militaires au pouvoir le 30 août 2023. Derrière les discours de rupture, certains acteurs politiques voient se dessiner une continuité inquiétante avec l’ancien système. C’est notamment le constat dressé par Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR.
Au Gabon, l’histoire ne se contente pas de bégayer, elle avance en boucle. Les visages et uniformes changent, les acronymes – PDG, CTRI, UDB se renouvellent, mais les méthodes, elles, demeurent d’une troublante constance. Derrière le vernis du « renouveau » et les promesses d’une « transition exemplaire » portées par le CTRI, on voit resurgir les mêmes réflexes brutaux et autoritaires qui ont fait les sombres heures du PDG.
Souvenons-nous : en juillet 2011, lors d’une visite officielle d’Ali Bongo en France, le député écologiste Yannick Jadot avait publiquement fustigé la dérive dictatoriale du régime PDG. À l’époque, la machine propagandiste du pouvoir avait immédiatement crié à « l’ingérence étrangère », accusant la France de vouloir ternir l’image du Gabon. Une rhétorique devenue mécanique dès lors que la question des libertés publiques est mise sur la table.
Plus d’une décennie plus tard, le décor change mais la pièce reste la même. À l’approche de la visite officielle d’Oligui Nguema en France, un autre parlementaire écologiste interpelle Paris sur la situation délétère des droits humains au Gabon. Au centre des inquiétudes du député Jean-Louis Roumégas : les atteintes répétées aux libertés fondamentales et le cas d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, devenu le symbole des dérives des nouveaux dirigeants gabonais. Ce bégaiement de l’histoire donne la désagréable impression d’un éternel recommencement. L’UDB semble inexorablement dupliquer en pire les méthodes liberticides de son ancêtre le PDG.
Une convergence d’alertes internationales
Ce mimétisme entre l’ancien et le prétendu nouveau régime ne relève plus du simple procès d’intention : les alertes extérieures s’accumulent. D’un côté, le Comité contre la torture des Nations unies s’inquiète de la persistance de la torture et autres mauvais traitements dans les centres de détention gabonais. De l’autre, le prestigieux quotidien britannique The Guardian s’alarme du rétrécissement drastique de l’espace démocratique.
Lorsque des parlementaires étrangers, des institutions onusiennes et des médias de référence internationale convergent vers un même diagnostic, l’argument du « complot de l’étranger » s’effondre. Il s’agit bel et bien d’un signal d’alarme global adressé à un pouvoir qui, à l’instar du PDG en son temps, semble plus préoccupé par le cosmétique de son image que par le traitement des dérives de fond.
« Celui qui refuse d’entendre les tambours finira par danser malgré lui »
Pendant ce temps, à Libreville et à l’intérieur du pays, le climat se glace. Les citoyens apprennent à peser chaque mot, à contourner certains sujets et à s’autocensurer sur les réseaux sociaux – quand ils parviennent à se connecter. C’est désormais par un humour grinçant — ultime refuge face à l’absurde — que les Gabonais tournent en dérision leur liberté confisquée. « Ce pays est bizarre », entend-on souvent au détour d’une conversation. Tout cela, évidemment, ne présage rien de bon : lorsqu’un peuple en est réduit à rire de ses droits perdus, c’est qu’il n’en peut plus.
Et là, tant pis pour « celui qui refuse d’entendre les tambours », car il pourrait finir par danser malgré lui.
Le plus frappant reste tout de même l’incapacité chronique des régimes successifs à tirer les leçons de l’histoire contemporaine. Le PDG a chuté pour avoir ignoré les aspirations profondes du peuple.
L’UDB prend la même trajectoire. Aucun pouvoir n’a jamais réussi à gouverner durablement contre la liberté. Ni la peur, ni les arrestations arbitraires, ni les campagnes de communication hors-sol ne suffiront à étouffer indéfiniment la frustration populaire.
En qualifiant toute critique de crime de lèse-majesté et toute contradiction d’affront, le pouvoir UDB-PDG-CTRI commet la même erreur politique que le régime d’Ali Bongo : elle fabrique elle-même le lit de la contestation future.
Au lendemain du coup d’Etat militaire du 30 août 2023, le Gabon et son peuple attendaient autre chose qu’un caricatural plagiat des méthodes dictatoriales du passé, maladroitement repeintes aujourd’hui aux couleurs du changement. Et pourtant, l’Histoire nous enseigne une certitude que les actuels tenants du pouvoir semblent ignorer : à force de vouloir faire taire toutes les voix, c’est le silence lui-même qui finit par devenir la plus assourdissante des accusations.
Par Michel Ongoundou Loundah