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Gabon : 1 144 milliards de FCFA d’emprunts : pour financer quoi, et à quel coût ?


Gabon : 1 144 milliards de FCFA d’emprunts : pour financer quoi, et à quel coût ?

Libreville, photo ( illustration) Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Le Gabon s’apprête à recourir massivement aux marchés internationaux en 2027. Selon le projet de loi de finances adopté le 18 septembre 2026 en Conseil des ministres à Port-Gentil, l’État prévoit de mobiliser jusqu’à 1 144,1 milliards de FCFA, soit près de 2 milliards de dollars américains. Au-delà du montant, cette nouvelle mobilisation interroge sur la trajectoire des finances publiques, l’usage des fonds empruntés et la capacité des investissements à générer suffisamment de richesses pour soutenir le remboursement de la dette.

Emprunter pour investir : un pari qui impose des résultats

 

Le recours à l’emprunt n’est pas, en soi, synonyme de mauvaise gestion. Lorsqu’il finance des infrastructures indispensables, des équipements productifs ou des secteurs capables de générer de nouvelles recettes, l’endettement peut constituer un levier de développement.

 

La question centrale est donc moins celle du recours à la dette que celle de l’utilisation des ressources mobilisées.

 

Routes, énergie, équipements collectifs, transformation industrielle : les secteurs ciblés peuvent contribuer à améliorer la compétitivité de l’économie gabonaise. Mais encore faut-il que les projets soient correctement sélectionnés, budgétés et exécutés. Les retards, les surcoûts, les insuffisances dans le suivi ou une faible rentabilité économique pourraient transformer une ressource destinée à l’investissement en une charge supplémentaire pour les finances publiques.

 

Autrement dit, le véritable rendement d’un emprunt ne se mesure pas au montant mobilisé, mais aux résultats qu’il permet d’obtenir.

 

Le service de la dette gagne du terrain

 

C’est précisément sur ce terrain que se situe l’une des principales interrogations du projet de budget 2027.

 

Les charges financières devraient passer de 487,6 milliards à 667,3 milliards de FCFA, soit une augmentation de près de 180 milliards en un an. À cela s’ajoutent 1 879,5 milliards de FCFA au titre de l’amortissement de la dette, ainsi que 142,9 milliards de FCFA destinés à l’apurement des arriérés.

 

Ces chiffres donnent une autre lecture de l’effort budgétaire : une part importante des ressources publiques est appelée à servir les engagements financiers existants, au moment même où l’État souhaite mobiliser de nouveaux financements.

 

Le risque, à terme, est celui d’un effet d’étau : davantage de ressources consacrées au service de la dette signifie potentiellement moins de marges pour financer les politiques publiques, les services essentiels et les nouveaux investissements.

 

La question que pose le nouvel endettement

 

Dès lors, les 1 144,1 milliards de FCFA annoncés appellent une série de questions.

 

À quelles conditions ces emprunts seront-ils contractés ? Quel sera leur coût ? Quels projets seront effectivement financés ? Quels mécanismes permettront d’en assurer le suivi ? Et surtout, quelle capacité ces investissements auront-ils à produire des recettes et de l’activité économique permettant, directement ou indirectement, de soutenir le remboursement de la dette ?

 

La réponse à ces questions est déterminante pour apprécier la soutenabilité de la stratégie budgétaire.

 

Car emprunter pour financer des infrastructures qui améliorent durablement la productivité du pays n’a pas la même portée que recourir à l’endettement pour absorber des dépenses courantes ou combler de manière répétée des déficits.

 

Le rendement de chaque franc emprunté en question

 

Pour le Gabon, l’enjeu de 2027 ne sera donc pas uniquement financier. Il sera également économique et politique au sens de la gestion de la chose publique.

 

Dans une économie encore fortement dépendante des matières premières, l’endettement ne peut durablement constituer une réponse aux besoins budgétaires sans s’accompagner d’une transformation de la base productive.

 

Le défi consiste désormais à faire en sorte que les capitaux mobilisés contribuent à élargir cette base : davantage de production locale, plus d’emplois, une fiscalité plus dynamique et une économie moins exposée aux fluctuations des cours des matières premières.

 

Les marchés internationaux fourniront les capitaux. Les résultats sur le terrain permettront, eux, de juger de leur efficacité.

 

En 2027, la question ne sera donc pas seulement de savoir combien le Gabon peut encore emprunter. Elle sera surtout de savoir ce que ces emprunts permettront réellement de construire et quelle richesse ils permettront de créer pour les générations appelées à en supporter le remboursement.

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