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Immigration au Gabon : La vraie protection de l’identité nationale, c’est la compétence


Immigration au Gabon : La vraie protection de l’identité nationale, c’est la compétence

Michel Junior ONGOUNDOU LOUNDAH Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Alors que la question de l’immigration alimente les débats au Gabon, Michel Junior Ongoundou Loundah, entrepreneur africain et analyste des enjeux de gouvernance et de développement économique, plaide pour une approche fondée sur la compétence, le respect des lois et la valorisation des talents nationaux. Dans cette lettre ouverte adressée aux citoyens, aux résidents étrangers et aux dirigeants, il défend une conviction : la protection de l’identité nationale ne doit pas se construire sur le rejet de l’étranger, mais sur la formation de la jeunesse gabonaise, l’efficacité des institutions et une politique migratoire maîtrisée.

La vraie protection de l’identité nationale, c’est la compétence

 

Lettre ouverte aux Gabonais, à la jeunesse, aux résidents étrangers et aux dirigeants de la République

Chers compatriotes, chers résidents, chers dirigeants,

Le débat sur l’immigration au Gabon est légitime. Il touche à des préoccupations profondes : la maîtrise de notre territoire, l’accès à l’emploi, la préservation de notre identité nationale, la cohésion sociale et la capacité de notre pays à offrir des perspectives à sa jeunesse.

Ces préoccupations méritent d’être entendues et traitées avec sérieux. Aimer son pays, vouloir protéger ses intérêts et défendre sa souveraineté sont des aspirations légitimes. Mais encore faut-il s’accorder sur les moyens de les préserver durablement.

La véritable protection de l’identité nationale ne repose ni sur la peur de l’étranger ni sur les discours de rejet. Elle repose sur la compétence, la solidité des institutions, le respect des lois et la capacité des Gabonais à prendre pleinement part au développement de leur pays.

 

 

1. Protéger notre identité sans céder à la stigmatisation

 

Le Gabon a le droit souverain de définir sa politique migratoire, de contrôler ses frontières, de réglementer les conditions de séjour et de travail des étrangers et de sanctionner les infractions à ses lois.

Aucun pays ne peut durablement assurer sa stabilité sans maîtriser ces questions.

Mais maîtriser l’immigration ne signifie pas désigner les étrangers comme responsables de toutes nos difficultés. Les amalgames et les généralisations peuvent détourner l’attention des véritables problèmes : insuffisance des emplois, inadéquation des formations, faiblesse de certaines institutions, difficultés d’accès aux opportunités économiques et insuffisante valorisation des compétences nationales.

Un étranger en situation irrégulière doit répondre de sa situation conformément à la loi. Un employeur qui contourne la réglementation doit également être tenu responsable. Un ressortissant étranger qui respecte les règles, travaille honnêtement, investit ou contribue à la société ne saurait être assimilé à ceux qui enfreignent les lois.

La loi doit être notre référence commune, et non l’origine, la nationalité ou les préjugés.

 

2. Avant de dénoncer, établissons les faits

 

Les débats sur l’immigration gagnent à s’appuyer sur des données fiables : nombre de résidents étrangers, secteurs d’activité concernés, emplois occupés, besoins réels des entreprises, situations administratives, contributions économiques et éventuelles infractions constatées.

Sans données précises, le débat public risque de devenir un affrontement de perceptions, d’accusations et de ressentiments.

Les pouvoirs publics ont donc une responsabilité essentielle : produire des statistiques fiables, les rendre accessibles et permettre une évaluation objective de la politique migratoire.

Il faut notamment pouvoir déterminer les secteurs dans lesquels les compétences nationales sont disponibles, ceux qui connaissent une pénurie de main-d’œuvre qualifiée et ceux dans lesquels un transfert de compétences doit être exigé ou renforcé.

Une politique publique efficace ne se construit pas sur des impressions. Elle se construit sur des faits, des objectifs mesurables et des résultats évaluables.

 

3. La priorité doit être la formation et l’emploi des Gabonais

 

La jeunesse gabonaise ne demande pas seulement des discours sur le patriotisme. Elle attend des perspectives concrètes : une formation adaptée, un accès équitable à l’emploi, des possibilités d’entreprendre et la reconnaissance de ses compétences.

Si nous voulons que les Gabonais occupent davantage de postes à responsabilité et participent pleinement à la transformation de leur économie, nous devons investir résolument dans le capital humain.

Cela suppose de renforcer la formation professionnelle, de rapprocher les établissements d’enseignement des besoins des entreprises, de soutenir l’apprentissage, de développer les compétences numériques et techniques et de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes.

Cela suppose aussi de lutter contre les pratiques qui pénalisent les candidats gabonais qualifiés, notamment les discriminations, le favoritisme et les recrutements qui ne reposent pas sur des critères transparents.

La préférence nationale, lorsqu’elle est prévue par la loi, doit s’accompagner d’une politique ambitieuse de développement des compétences.

Car proclamer que les Gabonais doivent être prioritaires ne suffit pas. Encore faut-il leur donner les moyens d’être compétitifs, de répondre aux exigences des employeurs et d’accéder aux responsabilités.

La souveraineté économique commence lorsque les compétences nationales permettent de répondre aux besoins du pays.

 

4. L’expertise étrangère doit contribuer au développement national

 

Aucun pays ne se développe durablement en se coupant systématiquement des compétences et des expériences extérieures.

Les entreprises, les investisseurs et les professionnels étrangers peuvent apporter des savoir-faire, des technologies, des méthodes de gestion, des réseaux commerciaux et des capacités de financement utiles à la transformation de l’économie gabonaise.

Mais cette contribution doit s’inscrire dans une stratégie nationale claire.

Lorsqu’une compétence étrangère est nécessaire, sa mobilisation devrait, dans la mesure du possible, s’accompagner de formation, de mentorat, de transfert de savoir-faire et de préparation de collaborateurs gabonais capables d’assumer progressivement les mêmes responsabilités.

L’objectif ne doit pas être de rendre le pays dépendant d’une expertise extérieure permanente, mais de transformer cette expertise en capacité nationale durable.

Les entreprises ont un rôle à jouer. Les pouvoirs publics doivent définir un cadre cohérent, contrôler son application et encourager les investissements qui créent des emplois, développent les compétences et renforcent la valeur ajoutée locale.

L’ouverture et la souveraineté ne sont donc pas nécessairement contradictoires. Bien encadrée, l’ouverture peut devenir un instrument de souveraineté.

 

5. L’égalité devant la loi est une exigence fondamentale

 

Une politique migratoire crédible doit être appliquée avec rigueur, cohérence et respect des droits fondamentaux.

Les obligations relatives au séjour, au travail, à la fiscalité et aux activités économiques doivent être respectées. Les infractions doivent être traitées conformément aux procédures légales, sans arbitraire ni traitement discriminatoire.

Mais cette exigence doit également concerner les acteurs nationaux.

Un employeur gabonais qui exploite des travailleurs, un opérateur économique qui fraude ou un responsable qui détourne les règles ne doit pas être exonéré de ses responsabilités au motif qu’il est gabonais.

De la même manière, un résident étranger ne doit pas être considéré comme coupable en raison de sa nationalité.

Le respect de l’État de droit implique des règles claires, des contrôles efficaces, des sanctions proportionnées et des garanties pour tous.

La crédibilité de l’État se mesure à sa capacité à faire appliquer les règles sans faiblesse, mais aussi sans injustice.

 

6. L’intégration exige des droits, des devoirs et du respect mutuel

 

Vivre dans un pays implique de respecter ses lois, ses institutions, ses usages légitimes et les principes qui organisent la vie collective.

Les résidents étrangers doivent pouvoir comprendre les règles qui leur sont applicables, s’y conformer et contribuer positivement à la société qui les accueille.

De leur côté, les institutions et les citoyens doivent éviter les comportements discriminatoires et préserver la dignité de toute personne, quelle que soit son origine.

L’intégration ne signifie pas l’effacement de l’identité gabonaise. Elle suppose plutôt un cadre commun dans lequel les différences culturelles peuvent coexister avec le respect des lois, des valeurs collectives et de la souveraineté nationale.

Le Gabon doit pouvoir défendre son identité avec confiance, sans considérer chaque différence comme une menace.

Une nation forte n’est pas une nation qui vit dans la peur de l’autre. C’est une nation qui connaît ses valeurs, assume son histoire et dispose des institutions nécessaires pour les transmettre.

 

7. Préserver notre patrimoine et renforcer notre citoyenneté

 

La défense de l’identité gabonaise passe aussi par la transmission de notre histoire, de nos langues, de nos cultures, de notre patrimoine et de nos références communes.

Cette responsabilité appartient à l’État, à l’école, aux familles, aux médias, aux acteurs culturels et à l’ensemble des citoyens.

Il est difficile d’exiger que notre identité soit respectée si nous ne faisons pas suffisamment pour la connaître, la documenter, la transmettre et la valoriser.

La citoyenneté ne doit pas être réduite à un slogan. Elle se traduit par le respect du bien public, la participation à la vie collective, l’honnêteté dans les affaires, le paiement des impôts dus, le respect des institutions et la contribution au progrès national.

Elle implique également que les dirigeants donnent l’exemple.

La confiance entre les citoyens et l’État est indispensable. Elle se construit par la transparence, la justice, la responsabilité et la capacité des institutions à servir l’intérêt général.

 

8. Pour un pacte national autour des compétences et de la souveraineté

 

Le débat sur l’immigration devrait nous conduire à bâtir une politique cohérente autour de quelques priorités.

Premièrement, améliorer la connaissance des flux migratoires et de leurs effets économiques et sociaux grâce à des données fiables.

Deuxièmement, appliquer la réglementation relative au séjour et au travail avec rigueur, équité et transparence.

Troisièmement, renforcer la formation professionnelle et technique afin de préparer les Gabonais aux métiers dont le pays a besoin.

Quatrièmement, encourager les entreprises à recruter et à faire progresser les talents nationaux, tout en mobilisant les compétences étrangères lorsque cela est nécessaire.

Cinquièmement, favoriser le transfert de compétences, l’apprentissage et la préparation des cadres gabonais aux fonctions stratégiques.

Sixièmement, soutenir l’entrepreneuriat national, l’innovation et les investissements créateurs de valeur ajoutée locale.

Enfin, promouvoir un débat public responsable, fondé sur les faits, respectueux des personnes et orienté vers des solutions concrètes.

Ces priorités exigent un engagement partagé de l’État, des entreprises, des établissements de formation, de la société civile et des citoyens.

La jeunesse gabonaise doit être au cœur de cette ambition. Elle ne doit pas seulement être présentée comme l’avenir du pays : elle doit disposer, dès aujourd’hui, des moyens de participer à sa construction.

Conclusion : le patriotisme doit se mesurer aux résultats

 

 

Le Gabon n’a pas à choisir entre la défense de sa souveraineté et une ouverture maîtrisée sur le monde. Il doit apprendre à articuler les deux au service de ses intérêts nationaux.

Nous avons le droit de vouloir contrôler notre territoire, protéger nos emplois, préserver notre patrimoine et garantir à notre jeunesse un avenir digne. Mais ces ambitions ne deviendront réalité que si elles s’appuient sur des institutions solides, des politiques publiques cohérentes, une économie productive et un investissement déterminé dans les compétences.

L’étranger ne doit être ni idéalisé ni diabolisé. Il doit être considéré dans le cadre des lois et des contributions réelles de chacun. De même, le citoyen gabonais doit être placé au cœur du projet national, non par un privilège de discours, mais par des politiques qui renforcent concrètement ses capacités et ses opportunités.

La véritable question n’est donc pas seulement de savoir qui entre au Gabon. Elle est aussi de savoir quel Gabon nous voulons construire, quelles compétences nous développons, quelles règles nous faisons respecter et quelles perspectives nous offrons à nos enfants.

 

La vraie protection de l’identité nationale, c’est la compétence.

 

La compétence de nos jeunes, la compétence de nos entreprises, la compétence de nos administrations et la compétence de nos dirigeants.

C’est par la formation, le travail, l’exigence, la justice et la responsabilité que nous renforcerons notre souveraineté et notre place dans le monde.

Le patriotisme véritable ne consiste pas seulement à proclamer son attachement à la nation. Il consiste à contribuer à sa force, à sa dignité et à son avenir.

 

Gabon d’abord, par la dignité.

 

Michel Junior ONGOUNDOU LOUNDAH
Entrepreneur africain et analyste des enjeux de gouvernance, de développement économique et de transformation stratégique en Afrique.

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