Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Quelques semaines après avoir alerté sur l’abandon du patrimoine de Ndjolé, Michel Ongoundou Loundah est retourné sur les lieux. Entre sites toujours envahis par la végétation, monument plongé dans le noir et statue cachée sous du plastique, il a aussi découvert, au bord de la route entre Ndjolé et Lalara, une plaque méconnue qui raconte une page de l’histoire du Gabon. Une mémoire qui résiste encore, mais que l’indifférence menace d’effacer.
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Ndjolé : au milieu de l’oubli, une plaque résiste
Dimanche 20 septembre dernier, je suis de nouveau passé par Ndjolé. Comme toujours, avec plaisir.
Quelques semaines plus tôt, j’avais consacré plusieurs textes à cette ville, à son histoire et à son patrimoine encore largement méconnu. Ce nouveau passage m’a permis de voir si les choses avaient commencé à bouger. Il m’a aussi réservé une découverte inattendue.
La « colline Léon Mba » attend toujours
Premier regard vers celle que l’on appelle communément la « colline Léon Mba », même si cette appellation n’a rien d’officiel.
Elle est toujours envahie par les herbes.
J’ai cependant aperçu deux engins de chantier à proximité. Comme nous étions dimanche, je ne pouvais connaître la raison de leur présence. Peut-être annoncent-ils enfin le nettoyage ou l’aménagement du site. Je veux l’espérer.
Pour le moment, ce lieu chargé d’histoire, lié aux premières années de l’indépendance et au premier président de la République gabonaise, continue de se confondre avec la végétation.
Saint-Michel, presque inaccessible
J’ai également voulu retourner sur le site de l’ancienne mission catholique Saint-Michel. Je me suis laissé dire que l’abondance de la végétation en rendait désormais l’accès particulièrement pénible. J’ai donc dû, la mort dans l’âme, y renoncer.
Un autre lieu essentiel de l’histoire de Ndjolé disparaît ainsi peu à peu sous les herbes.
À 19 heures, l’île Samory disparaît
Vers 19 heures, je me suis rendu au bord de l’Ogooué, face à l’île Samory.
À la tombée de la nuit, l’île disparaît presque entièrement. Sa stèle et son monument s’effacent avec elle. Un lieu chargé d’une histoire qui dépasse largement les frontières du Gabon devient une masse sombre au milieu du fleuve.
Quelques équipements solaires suffiraient pourtant à révéler le site et à rappeler aux visiteurs la page d’histoire africaine qui s’est écrite à cet endroit. Nul besoin d’un chantier pharaonique ni d’un budget démesuré. Seulement un peu d’attention et la volonté de ne pas laisser la nuit ensevelir la mémoire.
Emane Ntole sous un sac plastique
En plein centre-ville, sur la route nationale, se dresse ce qui est présenté comme la future statue d’Emane Ntole. Je conserve cette prudence tant que l’œuvre n’aura pas été dévoilée et officiellement identifiée. La statue demeure recouverte d’un sac plastique noir, derrière une palissade de tôles ondulées qui s’est partiellement effondrée. L’ensemble évoque moins un futur lieu de mémoire qu’un chantier délaissé.
Emane Ntole a déjà attendu plus d’un siècle pour retrouver une place dans la mémoire publique. On pourrait lui épargner une attente supplémentaire sous du plastique, derrière des tôles à moitié tombées.
Au bord de la route, Maurice de Costecaude
Pourtant, au milieu de ces constats, mon passage m’a offert une découverte extraordinaire.
À une trentaine de kilomètres de Ndjolé, en direction de Lalara, j’ai aperçu au bord de la route une plaque en bronze posée sur de la pierre. Je ne sais pas depuis combien de temps elle est jlà. Je peux seulement décrire ce que j’ai vu. La plaque est abîmée et ne paraît pas entretenue. Elle se trouve dans un endroit très peu ensoleillé, souvent masqué par une végétation abondante. Peu de personnes connaissent probablement son existence.
On peut y lire :
À LA MÉMOIRE DE
MAURICE DE COSTECAUDE
CHEF DE LA SUBDIVISION DE
N’DJOLÉ
PREMIER ARTISAN DE CETTE ROUTE
QUI, EN SERVICE COMMANDÉ, A
TROUVÉ LA MORT DANS LES RAPIDES
DE BONGA-BONGA
LE 4 JANVIER 1938
À L’ÂGE DE 32 ANS
En quelques lignes, cette plaque donne un nom, une date et un visage à la mémoire de cette route qui est l’un des axes essentiels du Gabon. Des milliers de voyageurs l’empruntent sans savoir qu’au bord de leur chemin subsiste ce fragment de son histoire. La plaque ne raconte pas tout. Mais elle conserve une trace précise, rare et profondément humaine de la construction de cet axe.
Cette découverte change le regard porté sur mon passage. Toute la mémoire de Ndjolé n’a pas disparu. Une partie demeure là, discrète, presque cachée. Elle résiste encore. Mais pour combien de temps si la végétation continue de la recouvrir et si personne ne veille à sa conservation ?
Une mémoire à sauver elle aussi
La « colline Léon Mba » reste dans les herbes. Saint-Michel devient presque inaccessible. L’île Samory attend sa lumière. Emane Ntole demeure caché sous du plastique, derrière une palissade qui s’effondre. Et, à une trentaine de kilomètres de la ville, la plaque de Maurice de Costecaude s’abîme dans l’ombre et la végétation.
Ndjolé possède une histoire exceptionnelle. Elle n’a pas besoin qu’on lui en invente une. Elle demande simplement que la sienne soit entretenue, signalée, éclairée et racontée.
Je repasserai.
Michel Ongoundou Loundah
