Référendum sur la peine capitale : Michel Ongoundou Loundah appelle à des solutions structurelles
L’ancien sénateur de la Transition et Président du parti REAGIR, Michel Ongoundou Loundah Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Alors que le pouvoir envisage un référendum sur le rétablissement de la peine de mort, Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR, met en garde contre une réponse émotionnelle à une crise sécuritaire profonde. Dans un entretien accordé à Top Infos Gabon le vendredi 17 janvier, il fustige une « fuite politique en avant ».
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Pour l’homme politique, le débat autour de la peine capitale relève davantage de la stratégie politique que d’une véritable recherche de solutions. « Lorsque certains dirigeants échouent à gouverner par la raison, ils gouvernent par l’émotion et la peur », estime-t-il, rappelant que la peine de mort a souvent servi, en Afrique comme ailleurs, d’outil de diversion et de contrôle social.
Une recette déjà éprouvée et inefficace
Michel Ongoundou Loundah s’appuie sur l’histoire récente du continent pour étayer son propos. « Dans les années 1970 et 1980, plusieurs régimes autoritaires ont tenté de masquer leur incapacité à gouverner par la terreur pénale. Le résultat a toujours été le même : davantage de violence, moins de justice et des sociétés durablement fracturées », affirme-t-il.
L’insécurité, un mal systémique
Selon lui, la réintroduction de la peine de mort ne s’attaque pas aux causes profondes de l’insécurité qui touche le Gabon. « Toutes les études sérieuses menées sous l’égide de l’ONU ou de l’Union africaine montrent que la peine de mort n’a aucun effet dissuasif durable. Aucun pays n’a jamais réglé son insécurité en exécutant ses citoyens », tranche-t-il.
Il pointe un dérèglement global : effondrement du système éducatif, marginalisation de la jeunesse, lenteur et inégalités de la justice, impunité des élites. « La violence ne naît pas dans le Code pénal, mais dans les quartiers abandonnés, dans l’absence d’avenir. Vouloir réintroduire la peine de mort, c’est tenter de soigner une gangrène sociale avec une guillotine juridique », martèle-t-il.
Un État affaibli
L’ancien sénateur évoque également un effondrement social et institutionnel. « L’État gabonais a progressivement renoncé à ses missions régaliennes fondamentales. Nous sommes face à un État hypercentralisé, vidé de sa substance, sans véritables contre-pouvoirs » , analyse-t-il.
Des solutions alternatives
Plutôt que des mesures extrêmes, Michel Ongoundou Loundah appelle à des politiques publiques structurantes. Il préconise la restauration de l’État de droit, un investissement massif dans la jeunesse, la refondation de la sécurité de proximité et une implication accrue des communautés locales .« La vraie fermeté, ce n’est pas de tuer, mais de prévenir », insiste-t-il.
Un appel à la responsabilité collective
S’adressant à une population gagnée par la peur et la colère, il conclut par un appel à la retenue : « Ne sacrifions pas notre avenir sur l’autel de l’émotion. Les peuples qui renoncent à leurs principes au nom de la sécurité finissent par perdre la sécurité et la liberté. Le Gabon mérite un État fort, mais juste ; protecteur, mais responsable. »