Affaire Médard Tounda Youbi : plus de deux mois de détention, le RENAJI réclame des explications sur une liberté provisoire non exécutée
Le journaliste Médard Tounda Youbi demeure incarcéré Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Le Réseau national des journalistes indépendants (RENAJI) affirme qu’une décision de mise en liberté provisoire avait été prononcée en faveur du journaliste Médard Tounda Youbi. Pourtant, plus de deux mois après son arrestation, le directeur de publication de Youbi Infos Média demeure incarcéré à la prison centrale de Libreville.
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Plus de deux mois après son placement en détention à la prison centrale de Libreville, le journaliste Médard Tounda Youbi, directeur de publication du média en ligne Youbi Infos Média, est toujours privé de liberté. Une situation qui continue d’alimenter les interrogations du Réseau national des journalistes indépendants (RENAJI), lequel affirme qu’une décision de mise en liberté provisoire avait pourtant été rendue par le juge d’instruction.
À l’origine de cette affaire se trouve une plainte déposée par la ministre du Commerce, des PME-PMI et de l’Entrepreneuriat des Jeunes, Zenaba Chaning Gninga. Avant cette procédure judiciaire, Médard Tounda Youbi avait occupé les fonctions de directeur de campagne de l’actuelle membre du gouvernement lors de l’élection présidentielle d’avril 2025.
Selon les informations communiquées par le RENAJI, il lui aurait été promis le poste de directeur de cabinet avant la formation du gouvernement de la Cinquième République, une promesse qui ne se serait finalement pas concrétisée. En attendant cette éventuelle nomination, le journaliste avait été désigné chargé de missions, fonctions qu’il aurait exercées pendant plus de huit mois.
Le réseau indique également qu’au cours d’une récente rencontre avec la ministre, une conseillère technique, Claire Newman, aurait déclaré avoir encouragé le dépôt de la plainte contre l’ancien collaborateur.
Sur le plan judiciaire, le RENAJI affirme que les premières accusations de diffamation, d’extorsion de fonds et de chantage auraient été écartées par le procureur de la République près le tribunal de première instance de Libreville.
L’enquête se serait ensuite orientée vers une qualification de menaces par voie de fait, à la suite de l’exploitation du téléphone portable du journaliste. Des messages vocaux échangés avec un journaliste camerounais, présenté comme un proche ayant également participé à la campagne présidentielle de 2025, auraient été versés au dossier.
Le président du RENAJI, Aimé Serge Boulingui, soutient que le juge d’instruction a finalement rejeté cette qualification et ordonné la mise en liberté provisoire de Médard Tounda Youbi. Il affirme avoir assisté à cette décision le 23 avril dernier et avoir pris des photographies avec le journaliste à l’issue de l’audience.
Selon le responsable du réseau, l’enquêteur chargé du dossier lui aurait indiqué que les investigations devaient simplement se poursuivre à la brigade Nord du Gros-Bouquet. La famille du journaliste y aurait d’ailleurs récupéré plusieurs effets personnels, notamment son véhicule.
C’est précisément cette succession d’événements qui nourrit aujourd’hui les interrogations du RENAJI. Comment une personne ayant, selon le réseau, bénéficié d’une décision de mise en liberté provisoire a-t-elle finalement été transférée à la prison centrale de Libreville ? À ce jour, ni la famille ni le RENAJI disent avoir reçu d’explication sur cette évolution de la procédure.
Autre élément avancé par les proches du journaliste : Médard Tounda Youbi aurait rédigé une lettre d’excuses à la demande des enquêteurs.
Il y a deux semaines, le journaliste a de nouveau été entendu dans le cadre de l’instruction. Une confrontation avec la plaignante devait ensuite être organisée. À ce jour, selon le RENAJI, cette confrontation n’a toujours pas eu lieu et aucune communication officielle n’est venue expliquer ce report.
Face à cette situation, le Réseau national des journalistes indépendants appelle les autorités judiciaires à faire toute la lumière sur cette procédure. L’organisation souhaite notamment comprendre pourquoi la décision de mise en liberté provisoire qu’elle affirme avoir été prononcée n’aurait pas été exécutée.
Alors que Médard Tounda Youbi demeure incarcéré, cette affaire continue de susciter de nombreuses réactions au sein des milieux de la presse et de la société civile. Les regards sont désormais tournés vers les autorités judiciaires, dont les explications sont attendues afin de lever les nombreuses zones d’ombre entourant ce dossier.
Conformément au principe du contradictoire, la rédaction de Leradar.ga reste ouverte à toute réaction ou mise au point des autorités judiciaires, de la partie plaignante ou de toute autre personne concernée.