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Associations et ONG au Gabon : la solidarité ne peut pas vivre de bonne volonté seulement


Associations et ONG au Gabon : la solidarité ne peut pas vivre de bonne volonté seulement

Libreville, photo ( illustration) Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Au Gabon, associations et organisations non gouvernementales occupent une place essentielle dans l’action sociale et citoyenne. Aide aux plus démunis, santé, éducation, droits humains, environnement, accès à l’eau, jeunesse, femmes, développement local : elles interviennent souvent là où les besoins sont les plus pressants. Pourtant, beaucoup travaillent avec des moyens dérisoires, grâce aux cotisations, aux dons, aux financements extérieurs et, très souvent, à l’argent personnel de leurs responsables.

Associations et ONG au Gabon : la solidarité ne peut pas vivre de bonne volonté seulement

  
 

Cette situation pose une question de fond : un pays peut-il durablement compter sur la solidarité de ses citoyens sans donner à ceux qui l’organisent les moyens d’agir ?

 

La solidarité a aussi un coût

 

L’engagement associatif repose largement sur le bénévolat. Mais la solidarité, elle, n’est pas gratuite.

 

Acheminer des médicaments, distribuer des vivres, accompagner une famille en difficulté, sensibiliser des populations, se rendre dans un village isolé, défendre les droits d’une personne vulnérable ou monter un projet éducatif exige des véhicules, du carburant, des locaux, du matériel et parfois du personnel qualifié.

 

Derrière chaque action associative existent donc des charges très concrètes. Faute de moyens, certaines organisations survivent davantage qu’elles ne fonctionnent réellement.

 

Or une association structurée peut constituer un formidable relais de proximité. Elle connaît souvent le terrain, les familles, les villages et les difficultés quotidiennes que les administrations centrales perçoivent moins rapidement. En période de crise, de catastrophe ou de grande précarité, ce réseau de solidarité peut même devenir indispensable.

 

Soutenir le mouvement associatif ne revient donc pas à distribuer de l’argent à quelques responsables. C’est investir dans une capacité collective à venir en aide aux populations.

 

Le cas d’Agir pour le Gabon illustre cette contradiction. Cette ONG, qui existe depuis près de trente ans, intervient dans un domaine majeur de santé publique : la lutte contre le tabagisme, l’alcoolisme et la toxicomanie. Des combats qui exigent de la prévention, de la sensibilisation et une présence durable sur le terrain.

 

Ils supposent aussi de faire face à des intérêts économiques considérables. Le tabac et l’alcool sont des produits commercialisés par des entreprises disposant de moyens financiers et publicitaires sans commune mesure avec ceux d’une association. Quant à la toxicomanie, son développement représente un défi croissant pour les familles, l’école, la santé publique et la sécurité.

 

Face à des industries puissantes et à des phénomènes sociaux aussi lourds, une ONG ne peut durablement combattre avec pour seules armes le bénévolat et la bonne volonté.

 

Pourtant, Agir pour le Gabon ne bénéficie depuis des années d’aucun financement public pour mener ces missions. Son exemple en rejoint beaucoup d’autres : des associations travaillent sur des sujets que l’État lui-même considère comme prioritaires, mais doivent trouver seules les ressources nécessaires pour poursuivre leur action.

 

La contradiction mérite d’être relevée. On ne peut pas proclamer la lutte contre les addictions priorité de santé publique et laisser ceux qui la mènent sur le terrain sans moyens.

 

Un financement public qui fait défaut

 

Plusieurs responsables associatifs déplorent l’absence d’un mécanisme public pérenne consacré aux organisations de la société civile.

 

Contacté vendredi 25 septembre 2026 par Leradar.ga, le Dr Bouassa Mayombo Thyernaud, président du Conseil national des associations du Gabon, rappelle qu’un dispositif avait autrefois existé.

 

« Les associations et ONG ne disposent pas aujourd’hui d’un financement ou programme de financement de l’État. En 2003 à 2007, le Gabon et l’Union européenne avaient mis en place un programme pour la société civile appelé PROGREANE, pour le financement des associations. Depuis fin 2007, il n’y a plus de programme de financement de la société civile par l’État gabonais. »

 

Des programmes existent encore par l’intermédiaire de partenaires internationaux, notamment l’Union européenne et l’Organisation internationale de la Francophonie. Mais leurs conditions d’accès restent, selon lui, difficiles pour de nombreuses petites structures.

 

« On note des programmes isolés de l’Union européenne, de l’OIF, avec des conditions et critères parfois inaccessibles à toutes les organisations de la société civile. »

 

Des fondations visibles, des associations qui cherchent des moyens

  

Ce manque de financement public contraste avec la place qu’ont occupée, au fil des années, certaines fondations liées aux Premières Dames.

 

La Fondation Horizons Nouveaux, créée par feu Édith Lucie Bongo Ondimba, puis la Fondation Sylvia Bongo Ondimba ont bénéficié d’une forte visibilité dans le domaine social. Les activités publiques de cette dernière sont toutefois devenues beaucoup moins visibles depuis 2022. Aujourd’hui, Ma Bannière et Dorcas sont à leur tour présentes dans ce paysage.

 

La question n’est pas de contester l’utilité des actions menées par ces fondations. Elle est ailleurs.

 

Pourquoi la politique de solidarité nationale devrait-elle dépendre principalement de quelques structures bénéficiant d’une proximité particulière avec le pouvoir ?

 

Des centaines d’associations légalement constituées travaillent parfois depuis des années dans les quartiers, les villages et auprès de populations vulnérables. Elles devraient pouvoir accéder, elles aussi, à des financements publics sur la base de critères connus, transparents et contrôlables.

 

L’argent public destiné à la solidarité doit pouvoir bénéficier à la solidarité elle-même, indépendamment du nom, du statut ou de la proximité institutionnelle de ceux qui la portent.

 

« La nôtre, non. Peut-être les autres »

 

Le constat est également partagé au sein du Réseau des Organisations de la Société civile et des Projets Associatifs du Gabon (ROPAGA).

 

Interrogé par LeRadar.ga sur un éventuel accompagnement des pouvoirs publics, un membre du réseau répond simplement :

 
« La nôtre, non. Peut-être les autres. »

 

Selon lui, plusieurs démarches ont été entreprises afin d’obtenir un budget de fonctionnement auprès du gouvernement, sans résultat à ce jour.

 

Cette réponse, dans sa brièveté, résume une partie du malaise : l’absence de mécanisme clairement identifié nourrit inévitablement le sentiment que certaines structures seraient davantage soutenues que d’autres.

 

Un fonds public transparent permettrait justement de sortir de cette logique de soupçon.

 

Le Fonds Jeunesse en Action répond à une autre logique

 

Le président de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), Brice Clotaire Oligui Nguema, a annoncé la création du Fonds Jeunesse en Action (FJA), destiné à accompagner les initiatives entrepreneuriales des jeunes.

 

Le Dr Bouassa Mayombo Thyernaud insiste cependant sur la différence entre ce dispositif et la revendication des associations.

 

« Je tiens à signaler que le président a mis un fonds pour les jeunes et les femmes de l’UDB, différent d’un fonds pour les associations. »

 

Le FJA relève donc d’une autre logique. Il ne répond pas directement au problème du financement structurel des associations et ONG.

 

Créer un fonds, mais avec quelles garanties ?

 

Le Conseil national des associations du Gabon plaide pour la création d’un fonds d’initiative associative, accompagné d’un incubateur destiné à renforcer les capacités des organisations.

 

L’idée mérite d’être examinée. Mais créer un fonds ne suffirait pas.

 

Il faudrait encore déterminer qui peut en bénéficier, selon quels critères, pour quels projets et avec quels mécanismes de contrôle. Les financements accordés, leurs montants et leurs bénéficiaires devraient être rendus publics. Un tel dispositif ne devrait devenir ni une caisse politique ni un moyen de récompenser les associations proches du pouvoir.

 

L’argent public destiné au monde associatif doit servir l’intérêt général, pas fabriquer des clientèles.

 

Faire de la solidarité une politique publique

 

Une société ne tient pas uniquement par ses administrations, ses entreprises ou ses institutions. Elle tient aussi par cette multitude de citoyens qui donnent de leur temps, de leur énergie et parfois de leur propre argent pour aider ceux que la vie a fragilisés.

 

Cette solidarité mérite mieux que l’improvisation permanente.

 

L’État ne peut pas tout faire. Les associations non plus. Mais entre les deux peut se construire un partenariat fondé sur des règles claires, l’indépendance des organisations, la transparence des financements et l’évaluation des résultats.

 

Le Gabon dispose d’un tissu associatif. Il lui manque encore une véritable politique publique de soutien à ce tissu.

 

Créer un fonds d’initiative associative transparent, accessible et contrôlé ne réglerait pas toutes les difficultés. Ce serait néanmoins reconnaître une évidence : la solidarité est une force nationale. Ceux qui la font vivre ne devraient pas être condamnés à tendre eux-mêmes la main pour pouvoir tendre la main aux autres.

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