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Gabon / 1 700 milliards, presque discrètement : Il y a des chiffres qui devraient faire du bruit


Gabon / 1 700 milliards, presque discrètement : Il y a des chiffres qui devraient faire du bruit

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

1 700 milliards de FCFA de débets et d’amendes prononcés par la Cour des comptes. Une somme qui, selon son Premier président, équivaut au budget de certains pays. De quoi provoquer un séisme. Et pourtant… Dans cette tribune, Michel Ongoundou Loundah s’interroge sur notre étrange accoutumance, cette forme d’insensibilité collective qui finit par banaliser jusqu’aux scandales les plus retentissants.

1 700 milliards, presque discrètement

Il y a des chiffres qui devraient faire du bruit. Beaucoup de bruit.

1 700 milliards de FCFA, par exemple.

C’est le montant global des sanctions financières, sous forme de débets et d’amendes, évoqué par Alex Euv Moutsiangou, Premier président de la Cour des comptes, dans L’Union du 2 septembre 2026. La juridiction financière a contrôlé plusieurs secteurs, notamment la sécurité sociale, les évacuations sanitaires et le Fonds des Gabonais économiquement faibles. Deux audits ont également été réalisés à la CNAMGS afin, précise l’article, d’accompagner les réformes nécessaires à l’amélioration des services. Rien que cela.

Et dire qu’on aurait pu rater cette information.

Tout simplement parce que notre quotidien national a consacré sa une à l’ouverture de la session parlementaire. Une information institutionnelle importante, certes. Mais, sauf événement extraordinaire, la rentrée parlementaire avait toutes les chances d’avoir lieu. C’eût été plutôt son absence qui aurait constitué l’information.

À la page suivante, le CESE appelle à l’institutionnalisation d’une « journée nationale fériée ».

Une de plus ! Comme si on en manquait...

Il fallait arriver jusqu’à la page 4

Et puis, au détour de la page 4, tout en bas, surgissent ces 1 700 milliards de FCFA. Il fallait simplement pousser la lecture jusque-là.

Seulement voilà : une fois le chiffre découvert, difficile de continuer à tourner les pages comme si de rien n’était.

Alex Euv Moutsiangou ne se contente d’ailleurs pas d’annoncer un montant. Il en mesure lui-même l’ampleur. Pour comprendre ce que représentent 1 700 milliards de FCFA, explique-t-il en substance, il suffit de penser que cette somme correspond au budget de certains pays. Il indique également que les personnes concernées sont appelées à restituer les sommes qui auraient été distraites.

Voilà qui change la perspective.

Nous ne sommes plus devant une succession abstraite de zéros imprimés au bas d’une page. Nous parlons de ressources publiques, dans un pays où les contrôles cités concernent précisément la protection sociale, les évacuations sanitaires, l’assurance maladie et les Gabonais économiquement faibles.

« La justice est rendue au nom du peuple gabonais »

Et le Premier président de la Cour des comptes va plus loin. Il rappelle que « la justice est rendue au nom du peuple gabonais » et que ce peuple mérite de savoir ce qui se passe. La Cour, dit-il encore, entend poursuivre son action pour que « l’argent des Gabonais ne serve qu’à l’intérêt des Gabonais ». Selon lui, le contrôle des ressources publiques doit contribuer à améliorer les conditions de vie des populations et l’argent public doit aller vers les secteurs prioritaires.

Ces mots-là méritent qu’on s’y attarde.

Car si près de 1 700 milliards de FCFA doivent être restitués à la suite de sanctions prononcées par la Cour des comptes, la question qui vient immédiatement à l’esprit est celle de ce que cette somme représente pour le pays. Ce sont des soins qui auraient pu être financés, des malades mieux pris en charge, des services publics renforcés. Il serait imprudent d’attribuer sans autre précision ces 1 700 milliards à chacun des secteurs cités par l’article. Mais l’ordre de grandeur suffit à mesurer la gravité du sujet.

Et surtout, comment un chiffre pareil peut-il nous atteindre si peu ?

À force, l’indifférence

C’est cela, la mithridatisation dont j’avais parlé dans une précédente tribune. À force d’être exposés aux mêmes dérives, aux chiffres vertigineux, aux scandales et aux alertes, nous finissons par ne plus nous inquiéter de grand-chose. L’anormal se banalise. Le spectaculaire devient familier. Et ce qui, hier encore, aurait provoqué la stupeur finit par glisser devant nous presque sans résistance.

Elie Wiesel disait que « le contraire de la vie n’est pas la mort, c’est l’indifférence ».

La formule prend ici une singulière résonance. Lorsqu’une société apprend qu’une juridiction financière parle de 1 700 milliards de FCFA, soit l’équivalent du budget de certains pays, et que cette information peut néanmoins passer presque silencieusement dans le flot de l’actualité, la question ne porte plus seulement sur l’argent.

Elle porte aussi sur nous. Sur notre capacité à nous étonner encore. À nous indigner. À demander des comptes. À refuser que l’extraordinaire devienne banal.

Nous nous sommes habitués aux milliards. Ils défilent dans les budgets, les dettes, les audits et les rapports avec une telle régularité que 1 700 milliards de FCFA finissent par ressembler à une information ordinaire.

Alors que, justement, 1 700 milliards devraient faire du bruit. Beaucoup de bruit.

Michel Ongoundou Loundah

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