Santé et bien-être Société Économie Politique Environnement Fait-divers Monde Sports Culture / Arts Face au Radar
Flash
Infos

Le Dossier du Radar / Première dame : qui paie, qui contrôle, qui rend compte ?


Le Dossier du Radar / Première dame : qui paie, qui contrôle, qui rend compte ?

La première dame du Gabon Zita Oligui Nguema Credit:© 2026 D.R./Le Radar

À Lébamba, les services municipaux s’activent. La visite de Zita Oligui Nguema, annoncée le 30 octobre 2026, donne lieu à des opérations d’assainissement et d’embellissement conduites par le maire Julien Missengué Pendy et sa première adjointe, Angélique Mivingua Nzengue. Depuis le samedi 24 octobre, le personnel communal prépare l’accueil de la Première dame. Une ville propre est toujours une bonne nouvelle. Ses habitants apprécieraient sans doute que cette attention leur soit accordée avec la même constance entre deux visites officielles.
 

Première dame : qui paie, qui contrôle, qui rend compte ?

 

En septembre déjà, Zita Oligui Nguema avait effectué une « tournée » dans le Woleu-Ntem, entamée le 20 septembre. À son arrivée à Oyem, elle avait été accueillie par le gouverneur et les autorités politiques et administratives des cinq départements de la province. Cette mobilisation officielle donne une portée concrète au débat sur les moyens publics accompagnant ses activités.

 

Aucune donnée financière présentée dans ce dossier ne permet de chiffrer ces mobilisations ni de conclure à des dépenses exceptionnelles. Il reste légitime de demander quelles missions justifient l’intervention des services publics, quelles ressources leur sont affectées et qui doit en rendre compte.

 

Un débat ouvert par Zita Oligui Nguema elle-même

 

 

En novembre 2023, lors de consultations avec des femmes leaders, Zita Oligui Nguema avait évoqué la création d’un statut de Première dame. Gabonreview rapportait, le 9 novembre, cette déclaration :

 

« Mais en tant qu’épouse je n’ai qu’un titre honorifique. Être à ses côtés ou à la limite, œuvrer dans le social en créant soit une ONG, une association, une fondation ».

 

Le constat venait de la principale intéressée : son titre ne lui conférait pas, à lui seul, des attributions publiques.

 

Près de trois ans plus tard, les éléments réunis pour ce dossier ne permettent pas d’établir les suites données à cette réflexion. Une clarification officielle permettrait de connaître les démarches entreprises et les règles actuellement applicables.

 

L’État devrait pouvoir expliquer simplement le fonctionnement de son entourage institutionnel. Le citoyen n’a pas à mener une enquête pour découvrir qui exerce quelles responsabilités.

 

Sans salaire ne signifie pas sans coût

 

Une Première dame peut ne percevoir aucune rémunération et mobiliser néanmoins des moyens publics : véhicules, sécurité, collaborateurs, déplacements, communication ou organisation de cérémonies.

 

Certaines dépenses peuvent être justifiées par la protection du conjoint présidentiel et les exigences du protocole. Encore faut-il pouvoir les identifier, les rattacher à une mission et en contrôler l’utilisation.

 

Les moyens consacrés à la sécurité présidentielle, aux activités officielles de la Première dame et au fonctionnement d’une fondation privée doivent être clairement distingués. Cette séparation devrait apparaître dans les documents administratifs et comptables.

 

À défaut, les responsabilités se diluent et les soupçons prospèrent. Des comptes accessibles éviteraient que chaque déplacement ou opération sociale devienne une controverse.

 

Des exemples étrangers utiles

 

En France, une charte publiée en août 2017 précise les missions de représentation de Brigitte Macron et les moyens mis à sa disposition, sans lui attribuer de mandat politique.

 

Elle ne perçoit aucune rémunération au titre de ces activités et ne dispose pas d’un budget propre. Des collaborateurs de la présidence y contribuent dans le cadre de leurs fonctions.

 

Dans son rapport sur les comptes de l’Élysée pour 2023, la Cour des comptes rapporte une estimation d’environ 203 millions de FCFA pour les dépenses strictement liées à ses activités, soit 0,25 % du budget présidentiel. Ce montant concerne principalement des quotes-parts de rémunérations et ne couvre pas nécessairement tous les coûts indirects.

 

L’intérêt de cet exemple tient à la publication d’un périmètre de dépenses et à l’explication de leur calcul.

 

Aux États-Unis, la loi du 2 novembre 1978 a notamment encadré les moyens administratifs pouvant accompagner les activités du conjoint présidentiel. Elle ne lui confère aucune autorité constitutionnelle autonome.

 

Ces dispositifs offrent des pistes au Gabon : préciser les activités reconnues, identifier les ressources mobilisables et organiser leur contrôle dans le respect de son propre cadre institutionnel.

 

Ma Bannière : rendre les responsabilités lisibles

 

 

À travers sa fondation Ma Bannière, Zita Oligui Nguema porte des initiatives sociales, notamment en faveur des personnes vulnérables et de l’autonomisation des populations.

 

Ces actions peuvent répondre à des besoins réels. Leur visibilité rend d’autant plus utile la publication d’informations sur les financements, les partenariats et l’emploi des ressources.

 

L’existence d’une fondation ne démontre aucune irrégularité. La proximité de sa fondatrice avec la présidence appelle toutefois une séparation claire entre les dons privés, les dépenses de l’organisation et les éventuels concours publics.

 

Des comptes accessibles et des rapports d’activité permettraient d’apprécier les réalisations, d’identifier les contributeurs et de connaître les engagements pris envers les partenaires. Une œuvre sociale gagne à montrer comment elle fonctionne, au-delà des images de remise de dons.

 

L’expérience Sylvia Bongo appelle des garanties

 

Sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, Sylvia Bongo Ondimba avait acquis une place importante dans la vie publique, notamment à travers sa fondation. Après la chute du régime en août 2023, son rôle et celui de son entourage ont été au centre de controverses politiques et de procédures judiciaires.

 

Cette histoire exige de distinguer les faits établis des accusations. Elle ne permet pas d’attribuer à Zita Oligui Nguema les responsabilités d’une autre personne.

 

Elle rappelle néanmoins combien l’influence exercée à proximité du chef de l’État doit être encadrée. Les garanties institutionnelles servent à prévenir les dérives avant qu’une crise ne conduise chacun à découvrir, avec une surprise parfois très travaillée, l’étendue des pouvoirs exercés.

 

Clarifier avant d’institutionnaliser

 

Le Gabon peut conserver un titre honorifique assorti de règles publiques, adopter une charte administrative ou envisager un statut juridique spécifique.

 
Avant de créer une nouvelle fonction, il faudrait en établir la nécessité, les missions et les limites. Un statut mal conçu pourrait consacrer une influence sans organiser la responsabilité correspondante.

 
Une première mesure serait de publier le cadre existant : activités officielles, personnels affectés, dépenses autorisées, articulation avec la présidence et relations avec la fondation. Toute réforme éventuelle devrait ensuite être rendue publique et discutée.

 
Le mariage avec le chef de l’État ne vaut pas mandat. L’influence qu’il procure produit pourtant des effets dans la vie publique. La République doit pouvoir les encadrer sans attendre une nouvelle crise.

 
À Lébamba, les services municipaux préparent la visite. Aux institutions, désormais, de rendre les comptes aussi présentables que les rues.

Commenter l'article

Les + lus dans Le Dossier du Radar