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Les Lundis pour Alain-Claude Bilie-By-Nzé : de la tribune des Nations unies aux murs de Sans-Famille


Les Lundis pour Alain-Claude Bilie-By-Nzé : de la tribune des Nations unies aux murs de Sans-Famille

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Il y a sept ans, presque jour pour jour, Alain-Claude Bilie-By-Nzé représentait le Gabon à la tribune des Nations unies. Aujourd’hui, il vit son 165ᵉ jour de détention à la prison centrale de Libreville. Dans ce nouveau numéro des « Lundis pour Alain-Claude Bilie-By-Nzé », Michel Ongoundou Loundah interpelle la justice et alerte sur l’image que cette affaire renvoie désormais du Gabon.

Les Lundis pour Alain-Claude Bilie-By-Nzé

De la tribune des Nations unies aux murs de Sans-Famille

Ce lundi 28 septembre 2026 s’achève à New York le débat général de la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies.

Il y a sept ans, presque jour pour jour, Alain-Claude Bilie-By-Nzé se tenait devant cette même Assemblée. Le 26 septembre 2019, du haut de la tribune des Nations unies, il parlait au nom du Gabon devant la communauté internationale. Alors ministre des Affaires étrangères, il représentait le chef de l’État lors du débat général de la 74ᵉ session.

Sept ans ont passé. Les nations sont à nouveau réunies à New York, sous les mêmes emblèmes. La voix qu’Alain-Claude Bilie-By-Nzé portait alors pour le Gabon se heurte aujourd’hui aux murs froids de Sans-Famille.

L’homme qui représentait son pays devant le monde vit, ce 28 septembre 2026, son 165ᵉ jour de détention.

L’image devrait nous arrêter.

Je l’ai déjà dit ici et je le répète aujourd’hui : personne ne soutient qu’un ancien ministre, ancien Premier ministre ou ancien candidat à l’élection présidentielle devrait échapper à la justice. Les fonctions occupées hier ne confèrent aucune immunité. Elles imposent, en revanche, à la justice une rigueur d’autant plus grande que l’affaire est publique, sensible et politiquement exposée.

Or le contraste entre la durée de cette détention et la consistance publique du dossier devient chaque semaine plus difficile à expliquer.

 

Cinq millions et une matérialité à établir

Alain-Claude Bilie-By-Nzé est détenu dans une affaire portant sur le non-remboursement allégué de cinq millions de francs CFA, somme qui aurait été remise en 2008 dans le cadre de l’organisation de la Fête des cultures.

Le 16 avril 2026, le procureur de la République déclarait que les investigations se poursuivaient afin « d’établir la matérialité des faits ».

Ces mots méritent d’être rappelés dans leur sens exact. Le procureur n’annonçait pas une matérialité définitivement établie. Au contraire, il indiquait que les investigations devaient permettre de l’établir.

Au moment du placement sous mandat de dépôt, il restait donc à déterminer la réalité des faits dénoncés, les circonstances dans lesquelles ils se seraient produits et leur éventuelle imputabilité à Alain-Claude Bilie-By-Nzé.

Cette précision est capitale.

Cent soixante-cinq jours plus tard, un homme demeure derrière les barreaux alors que, au début de la procédure, la matérialité même des faits restait à établir.

Son parcours ne lui donne droit à aucun privilège, certes. Mais il devrait toutefois permettre d’apprécier ses garanties de représentation : ancien Premier ministre, ancien candidat à l’élection présidentielle, président d’un parti politique, père de famille, personnalité dont la résidence, les activités et l’identité sont parfaitement connues.

Après 165 jours, la justice doit pouvoir exposer les éléments qui justifient encore cette privation de liberté. À défaut, la détention provisoire finit par prendre le visage d’une peine infligée avant le jugement.

 

Rien. Absolument rien

Dans un État moderne, dans une société qui se veut un minimum civilisée, rien, absolument rien, ne saurait justifier le sort fait à cet homme et la honte ainsi jetée sur le Gabon.

Ni la haine politique. Ni la rancœur personnelle. Ni le désir de revanche. Ni les complexes d’infériorité que peuvent nourrir ceux que son parcours, son intelligence ou sa stature dérangent.

Rien ne peut justifier qu’un homme demeure 165 jours derrière les barreaux, sans procès public, dans une affaire portant sur cinq millions de francs CFA et dont le parquet indiquait lui-même, au moment de son incarcération, que la matérialité devait encore être établie.

Rien. Absolument rien ne saurait le justifier !

Et je refuse que tant d’opprobre et de déshonneur soient jetés sur mon pays pour satisfaire les bas instincts de quelques-uns de mes compatriotes.

De toutes les façons, à mesure que cette détention se prolonge, elle engage bien davantage que le sort d’un homme. Elle expose les institutions gabonaises au soupçon et atteint l’image du pays.

 

Quel visage donnons-nous au Gabon ?

Il y a sept ans, le représentant du Gabon parlait devant les Nations unies de multilatéralisme, de développement, de climat et de coopération internationale. Aujourd’hui, les partenaires du Gabon peuvent constater qu’un ancien ministre des Affaires étrangères et ancien Premier ministre est détenu depuis plus de cinq mois dans une affaire vieille de dix-huit ans, portant sur cinq millions de francs CFA, sans qu’un procès public ait encore établi sa culpabilité.

La justice gabonaise n’évolue pas à l’abri des regards. Ses décisions sont observées par nos partenaires, les organisations internationales, les investisseurs et tous ceux auxquels le Gabon entend présenter le visage d’un État de droit.

Une détention aussi longue, dans une affaire dont les fondements continuent de susciter autant d’interrogations, finit nécessairement par affecter la confiance placée dans l’institution judiciaire.

 

L’épreuve ne le brisera pas

Ceux qui pensent que la prison suffira à briser Alain-Claude Bilie-By-Nzé connaissent mal l’homme et son parcours. Depuis ses années étudiantes, il a traversé les luttes politiques, les ruptures, les défaites électorales, les disgrâces et les retours. Il a connu l’opposition, exercé plusieurs responsabilités ministérielles, dirigé la diplomatie gabonaise, conduit le gouvernement et affronté le suffrage universel comme candidat à la présidence de la République.

Un tel parcours endurcit. Il apprend à traverser les épreuves et les changements de régime.

La détention est lourde. Elle atteint l’homme, sa famille, ses proches et ses compagnons politiques. Elle n’effacera pourtant ni son parcours ni les interrogations que son emprisonnement pose désormais à la justice gabonaise.

Il traversera cette épreuve. Et ceux qui auront cru l’amoindrir pourraient découvrir qu’une détention perçue comme injuste confère souvent à un adversaire politique ce que ni les fonctions ni les campagnes électorales ne lui avaient encore donné. Une stature morale.

Le 26 septembre 2019, Alain-Claude Bilie-By-Nzé représentait le Gabon devant le monde.

Ce lundi 28 septembre 2026, il vit son 165ᵉ jour derrière les barreaux, sans qu’un procès public ait établi sa culpabilité.

Après 165 jours, demander sa liberté ou son procès ne revient ni à solliciter une faveur ni à nier les droits de la plaignante. C’est rappeler une exigence élémentaire de justice.

— Et tenter, pendant qu’il en est encore temps, de préserver l’honneur du Gabon.

Michel Ongoundou Loundah

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