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NDJOLÉ : ET SI LE CENTRE DU GABON ÉTAIT LÀ ?


NDJOLÉ : ET SI LE CENTRE DU GABON ÉTAIT LÀ ?

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

À travers Ndjolé, Michel Ongoundou Loundah poursuit un travail plus large : regarder le Gabon autrement que depuis Libreville, retrouver ce que ses villes, ses territoires et leur histoire disent du pays réel. Une démarche qu’il résume ainsi : « L’un des problèmes majeurs du Gabon est que beaucoup de ceux qui l’ont dirigé, comme certains de ceux qui aspirent à le diriger demain, connaissent finalement assez peu leur propre pays. On peut connaître le Gabon par ses cartes, ses statistiques, ses institutions ou ses discours sans en connaître véritablement l’âme, les profondeurs, les territoires, les mémoires et les hommes. Or on ne gouverne bien que ce que l’on connaît profondément. Bien des erreurs auraient sans doute été évitées si ceux qui décidaient pour le pays avaient commencé par apprendre à le connaître. Ces tribunes n’ont pas d’autre ambition que d’y contribuer modestement : aller derrière les apparences et les lieux communs pour essayer de raconter le Gabon tel qu’il est. »
C’est dans cet esprit que s’ouvre aujourd’hui ce dossier consacré à Ndjolé. D’autres suivront.

NDJOLÉ : ET SI LE CENTRE DU GABON ÉTAIT LÀ ?

Fleuve. Route. Rail. Minerais. Position centrale.

Peu de villes gabonaises concentrent autant d’atouts au même endroit. Ndjolé, pourtant, n’a jamais véritablement décollé.

Installée sur l’Ogooué, elle fut longtemps un point de passage majeur vers l’intérieur du pays, au cœur d’un vaste réseau hydrographique. Sa position en fit très tôt un lieu de rupture entre la navigation fluviale et les voies terrestres. La route puis le rail sont venus renforcer cette fonction stratégique.

À cette géographie s’ajoutent les ressources minières. Le manganèse est aujourd’hui exploité dans la région, tandis que l’orpaillage appartient depuis longtemps à l’économie locale.

Le projet de port fluvial multimodal pourrait encore changer d’échelle. Pensé pour associer terminal minéralier, port marchand et activité touristique, il doit permettre de stocker plusieurs millions de tonnes de minerais avant leur acheminement vers Port-Gentil, tout en accueillant marchandises et carburants destinés à l’intérieur du pays.

Ndjolé possède donc une grande partie de ce dont une ville a besoin pour devenir un véritable pôle économique.

Son histoire renforce encore cette singularité. Brassages anciens de populations, présence coloniale, bagne, mission catholique, Samory Touré, Cheikh Ahmadou Bamba, Savorgnan de Brazza, Léon Mba : cette petite ville du Moyen-Ogooué se trouve au croisement de plusieurs pages majeures de l’histoire gabonaise et africaine.

Cette série de quatre tribunes part d’une interrogation simple : comment une ville aussi bien située et aussi riche en atouts a-t-elle pu rester aussi longtemps en marge du développement ?

Dans cette première étape, nous allons revenir sur ce qui devrait être une évidence : Ndjolé possède les attributs d’un grand carrefour national. Reste à comprendre pourquoi un tel potentiel est demeuré si longtemps sous-exploité.

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NDJOLÉ — 1/4

LE CARREFOUR QUE LE GABON N’A JAMAIS VRAIMENT EXPLOITÉ

Il suffit de regarder une carte du Gabon pour comprendre Ndjolé.

La ville n’est pas située à la périphérie du pays. Elle se trouve presque en son centre, sur l’Ogooué, à la rencontre de plusieurs axes qui ont successivement structuré le territoire. Le fleuve d’abord, puis la route et le chemin de fer.

Cette situation aurait pu faire de Ndjolé l’un des grands carrefours économiques du Gabon. Elle en avait la géographie. Elle en possède toujours les atouts. Pourtant, la ville est longtemps restée un lieu que l’on traverse davantage qu’un lieu où l’on s’arrête, investit et produit.

Le fleuve avait montré le chemin

Bien avant la route et le Transgabonais, l’Ogooué constituait l’une des principales voies de pénétration vers l’intérieur du pays.

Ndjolé occupait une position particulière sur cet axe. La navigation devenant plus difficile en amont, la ville s’est naturellement imposée comme un point de rupture de charge. Hommes et marchandises y transitaient avant de poursuivre leur route vers l’intérieur.

Sa vocation de carrefour ne relève donc pas d’une construction récente. Elle est inscrite dans sa géographie.

Puis le Gabon s’est doté de routes. Le chemin de fer est arrivé. L’économie du pays s’est transformée. Mais Ndjolé est restée au croisement des flux sans parvenir à en capter suffisamment les retombées.

C’est peut-être là que réside l’une des grandes occasions manquées de son histoire.

Traversée plutôt que développée

Le Transgabonais passe par Ndjolé. La route nationale la relie aux grands axes du pays. L’Ogooué demeure là. Autour d’elle, les ressources existent.

Mais une infrastructure qui traverse une ville ne suffit pas à développer cette ville.

Le train peut passer sans créer une économie locale forte. Les camions peuvent traverser sans laisser autre chose que de la poussière. Les matières premières peuvent être extraites dans une région sans que les populations qui y vivent bénéficient véritablement de la richesse produite.

Ndjolé en fournit une illustration presque parfaite.

Pendant des décennies, nous avons trop souvent pensé nos infrastructures comme des moyens d’acheminer des ressources d’un point à un autre, plutôt que comme des instruments d’aménagement du territoire.

Une voie ferrée ne devrait pas seulement transporter du minerai. Une route ne devrait pas seulement permettre aux marchandises de circuler. Elles devraient aussi favoriser l’installation d’entreprises, le commerce, les services, la transformation locale et l’emploi.

À Ndjolé, cette logique reste largement à construire.

Le port fluvial peut changer la donne

Le projet de port fluvial multimodal remet aujourd’hui Ndjolé au centre d’une réflexion que le pays aurait probablement dû engager depuis longtemps.

L’idée est simple : tirer parti de la position de la ville plutôt que de continuer à la subir.

Le port permettrait notamment de stocker plusieurs millions de tonnes de minerais avant leur acheminement vers Port-Gentil. Il pourrait également recevoir les marchandises et les carburants destinés à l’intérieur du pays et ouvrir de nouvelles perspectives au tourisme fluvial.

Mais un port, aussi important soit-il, ne transformera pas Ndjolé à lui seul.

S’il devient simplement un nouveau point de transit pour des matières premières extraites ailleurs et expédiées ailleurs, la ville risque une nouvelle fois de regarder passer la richesse.

L’enjeu véritable est donc plus vaste.

Il faut penser autour du port des activités de logistique, de stockage, de maintenance, de transformation, de commerce et de services. Il faut que les entreprises puissent s’installer, que les jeunes puissent se former aux métiers créés et que l’économie locale bénéficie directement des flux qui traverseront la ville.

Ndjolé ne doit plus seulement être un passage. Elle doit devenir une destination économique.

Faire enfin de la géographie un avantage

Le Gabon souffre depuis longtemps d’une concentration excessive de ses activités sur quelques pôles, particulièrement Libreville et Port-Gentil. Pendant ce temps, de nombreuses villes de l’intérieur disposent de ressources considérables sans parvenir à bâtir autour d’elles une économie suffisamment dynamique.

Ndjolé offre l’occasion de penser autrement.

Sa position peut permettre d’articuler l’intérieur du pays avec la façade maritime. Ses infrastructures peuvent en faire une plateforme logistique. Ses ressources minières peuvent soutenir de nouvelles activités. Son fleuve peut redevenir un axe économique tout en ouvrant des perspectives touristiques.

Les éléments du puzzle existent déjà.

Ce qui a manqué jusqu’ici, c’est la capacité à les assembler.

Ndjolé n’a probablement pas besoin que l’on invente son avenir. Sa géographie l’a déjà largement dessiné.

Encore faut-il décider d’en faire quelque chose.

Michel Ongoundou Loundah

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