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Panthères du Gabon : le trafic illégal persiste malgré la protection de la loi


Panthères du Gabon : le trafic illégal persiste malgré la protection de la loi

Les peaux de panthère saisies, photo (Conservation Justice) Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Trois peaux de panthère, plusieurs dents, une arme à feu et des munitions ont été saisies dans le cadre d’une opération menée dans le Woleu-Ntem. Cinq personnes ont été interpellées. Quatre ont finalement été condamnées par le tribunal d’Oyem. Une affaire qui rappelle la persistance du braconnage et pose, une nouvelle fois, la question de l’effectivité de la protection des espèces intégralement protégées au Gabon.

Panthères du Gabon : le trafic illégal persiste malgré la protection de la loi

 
La chasse, la capture, la détention, le transport et la commercialisation des espèces intégralement protégées, parmi lesquelles figure la panthère, sont interdits par la législation gabonaise. L’article 92 du Code forestier prévoit l’interdiction de ces pratiques, tandis que l’article 275 fixe les sanctions encourues, allant de trois à six mois d’emprisonnement et d’une amende comprise entre 100 000 et 10 millions de francs CFA, ou de l’une de ces deux peines seulement.

 

C’est dans ce cadre qu’une opération conjointe menée par la Direction provinciale des Eaux et Forêts du Woleu-Ntem et la Police judiciaire, avec l’appui de l’ONG Conservation Justice, a permis de démanteler ce qui est présenté comme un réseau impliqué dans le trafic de faune.

Les dents de la panthère saisies

Trois peaux de panthère saisies

 
L’opération a conduit à l’interpellation de trois individus trouvés en possession de trois peaux de panthère et de plusieurs dents du même animal. Les suspects étaient soupçonnés de s’apprêter à commercialiser ces trophées issus d’une espèce intégralement protégée.

 
Les interrogatoires ont ensuite conduit à l’interpellation de deux autres personnes, présentées comme des complices. Originaires des villages Essong 4 et Ebomane, elles sont soupçonnées d’être impliquées dans l’abattage illégal de panthères ainsi que dans l’exploitation et la détention de leurs dépouilles et trophées.

 
Au total, cinq personnes ont été interpellées. Outre les trois peaux et les dents de panthère, les enquêteurs ont également saisi une arme à feu de type Simplex, calibre 12, ainsi que des munitions.

 
Les cinq mis en cause ont été conduits à la Police judiciaire d’Oyem et placés en garde à vue dans le cadre de la procédure.

 
Quatre condamnations

 
Le 18 septembre 2026, le procureur de la République près le Tribunal de première instance d’Oyem a placé quatre des mis en cause sous mandat de dépôt. Le cinquième individu a, quant à lui, été mis hors de cause.

 
Le jeudi 24 septembre 2026, les quatre prévenus ont été condamnés à deux mois d’emprisonnement, dont un mois assorti du sursis.

 
Ils devront également s’acquitter d’une amende de 100 000 francs CFA chacun et verser 1 million de francs CFA de dommages et intérêts à l’administration forestière.

 
Des condamnations qui restent nettement en deçà des peines maximales prévues par le Code forestier. Une différence entre la sévérité affichée par le législateur et la peine effectivement prononcée qui interroge sur la portée dissuasive de la réponse judiciaire face au trafic d’espèces protégées.

La panthère, bien plus qu’un simple animal

 
Au Gabon, la panthère occupe une place particulière. Au-delà de son importance écologique, elle demeure profondément ancrée dans l’imaginaire et certaines traditions de plusieurs communautés.

 
Chez les Mitsogo et les Pové notamment, le léopard est associé à la société secrète Nzergho. Plus largement, l’animal bénéficie d’une forte dimension symbolique dans différentes cultures gabonaises.

 

Sa peau est également associée à certaines pratiques initiatiques, notamment dans le Bwiti. Des récits ethnographiques d’André Raponda-Walker évoquent par ailleurs les croyances traditionnellement liées à l’abattage du léopard et les cérémonies qui pouvaient l’accompagner.

 
Cette dimension culturelle n’exonère toutefois personne du respect de la loi. La protection des espèces intégralement protégées relève désormais d’un cadre juridique précis.

 
Un refuge continental sous pression

 
Le Gabon constitue l’un des derniers refuges importants pour la panthère en Afrique centrale. Mais la pression exercée par le braconnage, le commerce illégal des trophées et la dégradation des habitats naturels constitue une menace persistante pour l’espèce.

 

Le parc national de l’Ivindo compte notamment parmi les zones du pays où les populations de léopards sont particulièrement importantes.

 
La nouvelle affaire enregistrée dans le Woleu-Ntem rappelle ainsi une réalité : disposer d’une législation protectrice ne suffit pas. Encore faut-il assurer son application effective, renforcer la surveillance des territoires et garantir une réponse judiciaire suffisamment dissuasive.

 
Symbole culturel, animal emblématique et espèce protégée, la panthère gabonaise se retrouve ainsi au croisement de trois enjeux : la préservation de la biodiversité, la protection du patrimoine culturel et l’application de la loi.

 
La question demeure désormais celle de l’efficacité du dispositif mis en place pour empêcher que les trophées de cet animal continuent d’alimenter un commerce clandestin.

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