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Gabon / UPG : Docteur Marie Rose Itsana dévoile sa feuille de route pour la renaissance du parti


Gabon / UPG :  Docteur Marie Rose Itsana dévoile sa feuille de route pour la renaissance du parti

Dr Marie Joselle Pélagie Itsana, présidente de l’UPG Credit:© 2026 D.R./Le Radar

« L’UPG n’était pas morte. Elle avait été mise en sommeil. » La formule de la Dr Marie Rose Itsana résume l’ambition de la nouvelle direction du parti : réveiller une formation politique historique et lui redonner une capacité d’action sur le terrain. Pour y parvenir, la présidente de l’UPG mise sur la réorganisation, la discipline militante, la formation et le renouvellement des structures. Elle entend ainsi positionner l’UPG comme une force d’opposition républicaine. Mais comment reconstruire une formation affaiblie sans diluer son identité ? Comment préserver l’héritage de Pierre Mamboundou tout en répondant aux réalités du Gabon actuel ? Et quelle place pour l’UPG dans un paysage politique en pleine recomposition ?
Dr Marie Rose Itsana répond à ces questions dans ce nouveau numéro de Face au Radar.

LeRadar.ga : Lors de la célébration des 37 ans du parti en juillet dernier, vous avez placé votre discours sous le signe du « serment de la renaissance ». Concrètement, qu’est-ce qui doit changer aujourd’hui pour permettre à l’UPG de retrouver une place significative dans le paysage politique gabonais ?

 

Dr Marie Rose Itsana  : La renaissance de l’UPG commencera par une réorganisation complète et mesurable. Dans les douze prochains mois, nous actualiserons nos textes, clarifierons les responsabilités, établirons un calendrier national de réunions et relancerons les fédérations et sections locales. Nous créerons également un programme permanent de formation politique, notamment pour les jeunes et les femmes, appelés à exercer de réelles responsabilités.

Nous réinstallerons l’UPG sur le terrain, commune par commune, avec des permanences locales, des consultations régulières et un dispositif de remontée des préoccupations. Des règles transparentes encadreront la désignation des responsables et des candidats, ainsi que la publication d’un bilan annuel.

L’UPG doit redevenir un parti de proximité, capable d’écouter, de décider et d’agir. Cette renaissance sera institutionnelle, militante et idéologique, avec des structures fonctionnelles, des militants formés et des propositions concrètes sur l’économie, l’emploi, l’éducation, la santé, l’agriculture, la gouvernance et le développement local.

 

LeRadar.ga : Après plusieurs années de recul sur la scène politique, quels sont les principaux défis auxquels l’UPG doit aujourd’hui faire face ?

 

Dr Marie Rose Itsana : Le premier défi est de restaurer la confiance. Nous réaliserons un état des lieux national, identifierons les sections actives ou à reconstruire et fixerons à chacune des objectifs précis. Les fédérations devront se réunir régulièrement, transmettre des comptes rendus et rendre compte de leurs activités.

Nous relancerons les fédérations et les sections, organiserons des formations trimestrielles et lancerons une campagne nationale de réadhésion. Nous renouerons avec les anciens militants et ouvrirons davantage le parti aux jeunes et aux femmes.

La remobilisation reposera sur une présence continue : réunions de terrain, campagnes d’adhésion, actions citoyennes et communication régulière. Nous voulons reconstruire une organisation disciplinée, transparente et visible.

 

L’héritage de Pierre Mamboundou

 

LeRadar.ga : L’UPG a marqué l’histoire politique du Gabon sous l’impulsion de Pierre Mamboundou. Comment comptez-vous préserver son héritage tout en construisant une nouvelle identité pour le parti ?

 

Dr Marie Rose Itsana  : Préserver son héritage signifie maintenir ses valeurs : liberté, souveraineté, justice sociale, dignité et intérêt général, et les traduire en décisions adaptées au Gabon d’aujourd’hui.

Nous actualiserons notre projet autour de priorités concrètes : éducation, santé, diversification économique, emploi, bonne gouvernance et participation citoyenne. Les outils numériques serviront à informer les militants, consulter les populations et rendre compte de notre action.

La situation du Gabon reste préoccupante sur tous les plans. L’UPG doit renouveler ses méthodes, ses équipes et ses propositions sans abandonner ses convictions. La fidélité à Pierre Mamboundou se mesurera à notre capacité à défendre les mêmes principes avec des réponses nouvelles.

 

LeRadar.ga : Certains observateurs estiment que l’UPG appartient davantage à l’histoire politique du Gabon qu’à son présent. Que répondez-vous à ceux qui doutent de la capacité du parti à rebondir ?

 

Dr Marie Rose Itsana : Le doute peut être légitime, mais il faut reconnaître malgré tout que nous avons réalisé une prouesse politique : nous avons repris en main une formation politique qui, pendant trop longtemps, avait été confisquée, désorganisée et réduite à l’ombre de ce qu’elle avait été.

L’UPG n’était pas morte. Elle avait été mise en sommeil. Et aujourd’hui, nous avons décidé de la réveiller.

Mais réveiller l’UPG ne signifie pas simplement changer des dirigeants ou occuper des bureaux. Cela signifie reconstruire une organisation, restaurer une autorité politique, rétablir la confiance et reconquérir le terrain.

Nous sommes aujourd’hui dans une phase essentielle : le diagnostic. Comme le médecin devant un malade, nous devons rechercher les causes profondes de cette longue dégradation. Nous devons comprendre ce qui s’est passé, sans complaisance, mais aussi sans esprit de vengeance.

Nous ne sommes pas venus régler des comptes avec le passé. Nous sommes venus régler les problèmes de l’avenir.

À chaque mal son diagnostic ; à chaque diagnostic son traitement. Et le traitement sera à la hauteur du mal : réorganisation, discipline, rassemblement, formation, implantation et mobilisation.

Mais aucune direction, aussi déterminée soit-elle, ne peut reconstruire seule un parti. C’est pourquoi nous lançons aujourd’hui un appel à tous les militants de l’UPG.

Aux anciens militants : revenez.

À ceux qui se sont éloignés par découragement : revenez.

À ceux qui ont continué à porter l’idéal de Pierre Mamboundou dans leur cœur : reprenons ensemble le combat.

Aux jeunes : venez prendre votre place.

Aux femmes : venez prendre toute votre place dans la reconstruction et dans la conduite du parti.

À nos responsables locaux : réactivez les bases, rassemblez les militants et reprenez le contact avec les populations.

Dans les prochains mois, chaque structure devra redevenir un espace de militantisme, de réflexion et d’action. Nous allons recenser nos militants, réactiver nos fédérations, reconstruire nos structures locales, former nos cadres et retourner sur le terrain.

Nous voulons une UPG qui ne soit plus seulement un souvenir politique, mais une force organisée, visible, audible et agissante.

Alors, à tous ceux qui se demandent si l’UPG peut encore compter dans la vie politique gabonaise, notre réponse est simple : oui, l’UPG peut et doit encore compter. Mais elle ne comptera que si ses militants se lèvent.

Nous avons repris les clés de la maison. À présent, il faut la reconstruire.

Nous avons repris le parti en main. À présent, reprenons le terrain.

Nous avons retrouvé notre voix. À présent, faisons-la entendre partout au Gabon et à l’extérieur du pays, où nous avons des bases.

Et surtout, nous devons retrouver ce qui a toujours fait la force de l’UPG : l’engagement, la dignité, la responsabilité et la fidélité à une vision politique.

La renaissance de l’UPG ne sera pas le projet d’une seule personne, ni celui d’une seule direction. Elle sera l’œuvre collective de ses militants.

Militantes, militants, l’heure n’est plus à attendre. L’heure est à se lever, à s’organiser et à agir.

L’UPG revient. L’UPG se relève. L’UPG se reconstruit. Et l’UPG va monter en puissance.

 

L’UPG dans le nouvel environnement
politique

 

LeRadar.ga : Quelle place l’UPG entend-elle désormais occuper dans le nouvel environnement politique gabonais, notamment face aux nouvelles forces politiques qui émergent ?

 

Dr Marie Rose Itsana  : L’UPG veut redevenir une force responsable, indépendante et constructive. Nous présenterons des propositions, participerons au débat national et évaluerons chaque décision selon l’intérêt général, sans verser dans les affrontements stériles.

Notre ligne sera claire : souveraineté, justice sociale, bonne gouvernance et participation citoyenne. Nous dialoguerons avec toutes les forces acceptant le débat démocratique, sans renoncer à nos principes.

Notre objectif est de reconstruire une force de proposition et d’action, implantée dans les territoires et capable de porter les attentes des Gabonais dans les institutions comme sur le terrain.

 

LeRadar.ga : Vous revendiquez une opposition républicaine. Concrètement, comment cette position se traduit-elle dans votre rapport au pouvoir actuel : soutien aux initiatives jugées positives, vigilance critique ou opposition sur certains dossiers ?

 

Dr Marie Rose Itsana : L’opposition républicaine signifie respecter les institutions crédibles et inclusives, la loi applicable à tous les citoyens et la paix civile, tout en exerçant un contrôle exigeant sur l’action publique.

Nous soutiendrons les mesures améliorant la vie des citoyens, la justice sociale et le développement, mais nous nous opposerons à celles qui affaibliraient les libertés, la transparence, l’indépendance de la justice ou les droits des citoyens.

Nous examinerons chaque dossier selon son contenu et ses résultats, demanderons des comptes, publierons nos analyses et proposerons des alternatives. Le dialogue restera possible, sans remplacer notre devoir de vigilance.

 

LeRadar.ga : Le Gabon est entré dans une nouvelle phase institutionnelle. Quel regard portez-vous sur les transformations engagées et quelles sont, selon vous, les principales avancées, mais aussi les insuffisances à corriger ?

 

Dr Marie Rose Itsana  : Les transformations engagées devraient, si elles existent, améliorer le vécu des populations et se traduire par une amélioration qualitative de leurs conditions de vie : accès à l’eau potable, à l’énergie, réduction du chômage et amélioration des systèmes éducatif, sanitaire et social.

Les avancées devraient notamment se traduire par un accès à l’eau et à l’électricité pour tous les ménages. Le gouvernement doit revoir sa copie sur ses secteurs prioritaires. Nous avons l’impression que le gouvernement s’emploie d’abord à soigner son image, au lieu de se soucier du bien-être des populations.

Nous assistons au quotidien à des déguerpissements déshumanisants, sans possibilité de relogement pour ces populations qui, pour la plupart, n’ont pas de source de revenus conséquente.

Oui à l’amélioration du paysage urbain, mais il faut reloger ces compatriotes. Il existe des procédures à cet effet. Le gouvernement devrait, au préalable, trouver des zones de relogement viabilisées, construire des maisons, reloger les citoyens et démolir là où c’est nécessaire.

Nous demandons également des garanties sur l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la transparence électorale et le respect des libertés publiques. Les mécanismes de contrôle doivent être renforcés, les institutions rendues plus représentatives et les citoyens associés à l’évaluation des politiques.

Nous jugerons ces réformes sur leurs effets réels : une réforme réussie doit renforcer les droits, la confiance et produire des résultats vérifiables.

 

LeRadar.ga : La réduction du nombre de partis politiques et les nouvelles règles encadrant leur organisation suscitent des débats. Quelle est la position de l’UPG sur cette évolution et quelles garanties vous paraissent nécessaires pour préserver le pluralisme politique ?

 

Dr Marie Rose Itsana : Nous sommes favorables à des règles inclusives pour la création, le fonctionnement et le financement des partis. Chaque formation doit avoir une implantation réelle, un fonctionnement démocratique, des comptes transparents et une capacité effective à participer au débat national.

Mais la réduction du nombre de partis ne doit pas servir à éliminer des adversaires ou à contrôler le pluralisme. Les critères doivent être non rétroactifs, objectifs, publics, vérifiables et identiques pour tous.

Nous demandons la liberté d’association, l’égalité de traitement, un accès équitable aux médias publics et un recours indépendant contre les décisions administratives arbitraires.

Nous défendrons aussi la publication des règles de financement et le contrôle impartial des comptes. Le pluralisme suppose que toutes les opinions puissent s’exprimer, s’organiser et concourir équitablement.

 

Le projet de société de l’UPG

 

LeRadar.ga : Vous placez notamment la souveraineté économique au cœur de votre vision. Quelles mesures prioritaires l’UPG propose-t-elle pour faire passer le Gabon vers une économie davantage fondée sur la production et la création d’emplois ?

 

Dr Marie Rose Itsana : L’UPG considère que la souveraineté économique doit être examinée à la lumière des accords de coopération conclus avec la puissance coloniale, qui ont encadré les relations économiques, monétaires, militaires et stratégiques du pays. Ils ont pu réduire nos marges de décision et entretenir une dépendance structurelle.

Nous demandons leur réévaluation complète, accord par accord, afin d’établir une coopération fondée sur la réciprocité, la transparence et la souveraineté nationale.

Nous proposons de transformer davantage le bois, les minerais, le pétrole et les produits agricoles sur place, de soutenir l’agriculture, l’élevage et la pêche, de développer les infrastructures de transport, d’énergie et de stockage, et de sécuriser l’accès aux marchés.

Nous favoriserons les PME par des mécanismes de garantie, un accès simplifié au financement à des taux d’intérêt très bas pour stimuler l’entrepreneuriat, une commande publique mieux orientée vers les entreprises nationales et une politique industrielle cohérente.

Des objectifs de transformation locale et d’emploi seront fixés aux secteurs extractifs. La création d’emplois dépendra de notre capacité à produire, transformer et vendre davantage au Gabon.

L’UPG dispose d’un projet de société indicatif qui avait suscité l’adhésion de nombreux Gabonais lors des présidentielles de 1998, 2005 et 2009. Nous l’actualiserons à partir d’un diagnostic national et d’une consultation des populations.

Ses orientations resteront la souveraineté, la justice sociale, la bonne gouvernance, la valorisation des ressources et l’amélioration mesurable des conditions de vie.

 

LeRadar.ga : Quelle place la jeunesse et les femmes occupent-elles dans votre projet politique, notamment face au chômage, aux difficultés d’insertion professionnelle et à la nécessité de renforcer leur autonomie économique ?

 

Dr Marie Rose Itsana : Nous rapprocherons la formation des besoins de l’économie en renforçant l’enseignement scientifique, technique et professionnel, l’apprentissage et les stages qualifiants, avec des partenariats entre établissements et entreprises.

Nous proposerons un dispositif national d’insertion associant formation, accompagnement et premier emploi. Pour les jeunes et les femmes, nous faciliterons l’accès au financement par des fonds dédiés, des garanties et un accompagnement à la création d’activités.

Nous soutiendrons les coopératives, l’économie sociale et solidaire ainsi que les initiatives locales.

L’autonomie économique exige aussi l’accès au foncier, aux outils de production, au numérique et aux marchés. Nous défendrons des procédures simplifiées, des espaces de production aménagés et une part mieux définie de la commande publique pour les petites entreprises et les coopératives.

 

Perspectives électorales et avenir du parti

 

LeRadar.ga : L’UPG compte-t-elle participer aux prochaines échéances électorales ? Envisagez-vous des alliances ou des rapprochements avec d’autres formations politiques ? Sur quelles bases ?

 

Dr Marie Rose Itsana : L’UPG participera aux prochaines échéances électorales. Nous préparerons cette participation par la réorganisation de nos structures, la formation des candidats, l’établissement de listes fiables d’électeurs et de représentants, ainsi que l’élaboration d’un programme répondant aux attentes des populations.

Nous sommes ouverts aux alliances, mais excluons les arrangements de circonstance. Toute alliance devra reposer sur des valeurs partagées, un projet écrit, des engagements réciproques, des règles de désignation transparentes et un mécanisme de suivi.

Elle devra préserver l’identité de l’UPG et servir l’intérêt national.

 

LeRadar.ga : Vous êtes aujourd’hui à la tête d’un parti historique. Quel message adressez-vous aux anciens militants qui ont perdu confiance et aux jeunes que l’UPG souhaite désormais convaincre ? Et à quoi ressemblerait, pour vous, une UPG pleinement « renaissante » dans les prochaines années ?

 

Dr Marie Rose Itsana : Aux anciens militants, je dis que leur engagement n’a pas été vain. L’histoire de l’UPG repose sur leur courage, leur fidélité et leurs sacrifices. Nous leur demandons de participer à la reconstruction, de transmettre leur expérience et de former les nouvelles générations.

Aux jeunes, je dis que l’UPG leur appartient aussi. Ils y trouveront des espaces d’expression, de formation et de responsabilité, avec des missions concrètes dans les structures locales et nationales. Nous voulons les associer à la préparation du programme et des échéances électorales.

Une UPG pleinement renaissante sera un parti organisé, ouvert, démocratique et présent dans les territoires où elle aura des militants. Elle tiendra ses réunions, publiera ses orientations, formera ses responsables et proposera des solutions crédibles. Elle restera fidèle à ses valeurs tout en agissant selon les priorités du Gabon d’aujourd’hui.

Quinze ans après le rappel à Dieu de Pierre Mamboundou, l’enjeu ne se limite pas à commémorer sa mémoire. Nous devons mesurer ce que nous avons fait de son héritage et décider de ce que nous allons en faire.

Il a défendu la liberté, la souveraineté, la justice et la dignité du peuple gabonais. En nous souvenant de l’homme, nous devons surtout poursuivre son combat par une UPG organisée, active et capable de porter cette vision dans le Gabon d’aujourd’hui.

 

Propos recueillis par RDB

 

 

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