Violences en milieu scolaire : après la bagarre de Ba Oumar, la prévention reste en question
Les deux élèves de Ba Oumar, capture de la vidéo Credit:© 2026 D.R./Le Radar
L’année scolaire 2026-2027 a débuté le 7 septembre. Quelques jours seulement après la rentrée, une vidéo montrant deux élèves se battre dans une salle de classe a largement circulé sur les réseaux sociaux.
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Sur les images, deux jeunes filles en viennent aux mains devant plusieurs camarades. Certains assistent passivement à la scène, tandis que d’autres préfèrent la filmer. Au-delà de la violence de l’affrontement, cette séquence interpelle sur la banalisation de tels comportements en milieu scolaire et sur l’usage des téléphones portables par les élèves.
Les faits se seraient déroulés au sein de l’établissement secondaire Ba Oumar. La police est intervenue quelques jours plus tard et a convoqué les élèves concernées. Selon les informations disponibles, les agents auraient privilégié la sensibilisation plutôt que la sanction.
Une mésentente entre les deux jeunes filles serait à l’origine de l’altercation.
Une intervention ponctuelle, un problème durable
Un extrait de la vidéo avant et après l’interpellation des élèves
L’intervention des forces de l’ordre a permis de prendre en charge cet incident. Elle ne répond cependant pas à une préoccupation plus large. Comment prévenir durablement les violences dans les établissements scolaires ?
À Libreville comme à l’intérieur du pays, les affrontements entre élèves peuvent désormais être filmés et diffusés en quelques minutes sur les réseaux sociaux. Les téléphones portables transforment parfois une altercation en spectacle, au détriment de la dignité, de la vie privée et de la protection des jeunes concernés.
Certains élèves ne cherchent plus à séparer leurs camarades ou à alerter un adulte. Ils sortent leur téléphone. La violence devient alors un contenu à enregistrer, à partager et à commenter.
Cette évolution engage une responsabilité collective. Elle concerne les élèves et leurs parents, mais aussi les enseignants, les responsables d’établissement et les pouvoirs publics.
La piste préoccupante des stupéfiants
Une autre piste doit être sérieusement explorée pour comprendre la montée de la violence chez certains jeunes. Elle concerne la consommation de stupéfiants, dont l’ampleur paraît croissante dans notre pays.
Il serait imprudent d’établir, sans enquête, un lien direct entre cette consommation et la bagarre survenue à Ba Oumar. Mais il serait tout aussi imprudent d’écarter cette réalité du débat général sur les violences scolaires.
La circulation de substances psychoactives parmi les jeunes, leur accessibilité et leurs effets possibles sur le comportement doivent faire l’objet d’investigations sérieuses. Quels produits circulent autour des établissements ? Comment les élèves se les procurent-ils ? Quels dispositifs permettent de repérer, d’accompagner et de soigner les jeunes consommateurs ?
Comprendre les causes de la violence constitue une condition essentielle pour espérer la combattre. La répression des trafics doit donc s’accompagner d’actions de prévention, d’information et de prise en charge sanitaire. Les familles et les établissements scolaires ne peuvent affronter seuls un phénomène qui touche à la fois à la santé publique, à la sécurité et à la protection de la jeunesse.
Que prévoit la loi ?
Le droit gabonais prévoit des sanctions pour certains comportements susceptibles de compromettre la sécurité au sein des établissements scolaires.
L’article 148 du Code pénal gabonais sanctionne notamment l’introduction, sans motif légitime, d’une arme dans un établissement scolaire. Les peines peuvent atteindre trois ans d’emprisonnement et 10 millions de francs CFA d’amende.
Sur le plan disciplinaire, les établissements disposent également de plusieurs mécanismes de sanction. Selon la gravité des faits et les textes applicables, ces mesures peuvent aller jusqu’à l’exclusion définitive.
Toutefois, la réponse ne peut pas intervenir uniquement après les faits.
Prévenir avant d’avoir à sanctionner
La sensibilisation des élèves, l’apprentissage du respect, la gestion pacifique des conflits et l’éducation à un usage responsable des réseaux sociaux doivent occuper une place permanente dans la vie scolaire.
La prévention des addictions doit également être intégrée à cette politique. Elle suppose une coopération régulière entre les établissements, les familles, les professionnels de santé, les services sociaux et les forces de sécurité.
Ces actions ne peuvent se limiter à quelques discours prononcés après une bagarre devenue virale. Elles doivent être régulières et s’appuyer sur de véritables dispositifs d’écoute, de médiation et d’accompagnement.
Les personnels éducatifs doivent être formés à repérer les tensions, les humiliations, les menaces, les situations de harcèlement et les comportements pouvant révéler une consommation de stupéfiants avant qu’ils ne débouchent sur des drames.
L’incident de Ba Oumar adresse ainsi un avertissement à l’ensemble de la communauté éducative. Une école protectrice ne se contente pas de réagir lorsque les coups ont déjà été portés. Elle agit en amont, encadre, écoute et prévient.
L’enjeu est de faire de l’établissement scolaire un véritable espace d’apprentissage, de discipline et de protection, et non une scène où les conflits dégénèrent sous l’œil des smartphones.