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Gabon / Budget 2027 : la machine à milliards est de retour


Gabon / Budget 2027 : la machine à milliards est de retour

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Après le Conseil des ministres du 18 septembre à Port-Gentil, Michel Ongoundou Loundah examine les annonces budgétaires du gouvernement à la lumière des fortes révisions du budget 2026. Dans cette tribune, il interroge le financement des projets promis à l’Ogooué-Maritime et la portée des 7 000 emplois annoncés.

Budget 2027 : la machine à milliards est de retour

Hier, vendredi 18 septembre 2026, le Conseil des ministres s’est tenu à Port-Gentil dans le strict respect du nouveau code vestimentaire. Tous les participants avaient revêtu la « tenue traditionnelle africaine », désormais prescrite le vendredi. Cette nouvelle tradition a été scrupuleusement observée. Une autre, déjà bien installée sous la Ve République, l’a été avec la même application : annoncer des milliards, aligner des chiffres et promettre des emplois. Le budget 2027 atteindrait 6 223 milliards de francs CFA, l’Ogooué-Maritime recevrait 30 milliards et 7 000 emplois pourraient voir le jour. Le bilan des chiffres annoncés l’an dernier attend toujours. Entre le projet de budget 2026 et sa version rectifiée, plus de 1 700 milliards s’étaient miraculeusement évaporés.

Le reste du discours économique donne la mesure du décalage. Pour protéger les entreprises, le président demande un meilleur encadrement du recouvrement fiscal et des saisies. Les textes restent à préparer. Le gouvernement reconnaît des abus sans indiquer quand ils cesseront, ni qui devra en répondre. Revenons donc à ce qui permet de juger sa politique : les sommes inscrites, celles qu’il espère emprunter et celles qu’il dépense réellement.

 

De 7 233 à 5 495 milliards : la leçon de 2026

Le projet de loi de finances pour 2026 avait été présenté à 7 233,3 milliards de francs CFA. Le Parlement l’a ramené à 6 358,2 milliards, soit près de 875 milliards retranchés. La loi de finances rectificative a ensuite fixé le budget à 5 495,2 milliards. En moins d’un an, le montant affiché au départ a perdu plus de 1 700 milliards. On aimerait savoir quels projets ont disparu avec eux et pourquoi le chiffrage initial s’est révélé si éloigné du budget finalement retenu.

Pour 2027, le gouvernement remet sur la table 6 223,1 milliards. Ce montant devra encore passer devant l’Assemblée nationale. Il dépend aussi de financements dont la mobilisation reste à venir. Après l’expérience de 2026, le chiffre du Conseil des ministres ressemble plus à un exercice de prestidigitation budgétaire qu’à une garantie de dépenses réalisables.

Annoncer haut, réviser au Parlement, corriger plus bas en cours d’année : cette séquence prend des airs de marque de fabrique de la Ve République. Le communiqué décrit lui-même une économie éprouvée. À quel fait nouveau faudrait-il attribuer une soudaine solidité aux prévisions de 2027 ?

 

La hausse du budget tient surtout aux emprunts espérés

Le projet dépasse de 727,9 milliards le budget rectifié de 2026. Et pourtant, les recettes de l’État ne progresseraient, officiellement, que de 48,3 milliards. Les ressources de trésorerie et de financement fourniraient 679,6 milliards supplémentaires. Le gouvernement compte notamment mobiliser 1 144,1 milliards de francs CFA sur le marché financier international, 600 milliards sur le marché sous-régional ou intérieur, 300 milliards de dette bancaire et 600 milliards d’appuis budgétaires. Chacun de ces montants suppose de trouver des prêteurs ou des partenaires disposés à suivre. Le vote d’un budget ne suffit pas à remplir la caisse.

Le prix des emprunts déjà contractés pèse de plus en plus lourd. Les charges financières de la dette passeraient de 487,6 à 667,3 milliards, une hausse de près de 180 milliards. Les dépenses d’investissement prévues reculeraient, elles, de 110,7 milliards par rapport au budget rectifié de 2026. À mesure que la dette réclame sa part, l’espace se réduit pour les chantiers promis à la population. Les comptes de 2025 donnent un aperçu du risque. Les charges financières de la dette ont atteint 504,4 milliards, alors que 349,5 milliards avaient été prévus. Les investissements financés sur ressources propres n’ont été exécutés qu’à 41,4 % de leur prévision.

Le pays attend toujours la liste des projets concernés et une explication de ces écarts.

 

Trente milliards sur cinq ans, pour quels travaux ?

Les 30 milliards annoncés pour l’Ogooué-Maritime additionnent 7 milliards de l’État, 11 milliards issus des mécanismes PID-PIH de Perenco et 12 milliards mobilisés par TotalEnergies. Selon le communiqué, les concours des opérateurs s’étalent sur cinq ans, après prise en compte d’engagements prioritaires déjà arrêtés. Quelle part reste disponible pour les projets nouveaux ? Le document ne permet pas de le savoir.

Voiries, eau, électricité, marchés, santé, université : la liste couvre presque tous les besoins de Port-Gentil. Elle ne dit ni combien recevra chaque projet, ni quand commenceront les travaux, ni comment seront choisies les entreprises. La publication de ces éléments donnerait enfin un contenu aux 30 milliards annoncés.

La route Port-Gentil–Omboué aurait, elle aussi, besoin de chiffres avant son péage. Le trafic quotidien, le prix de l’installation, les frais de fonctionnement et la recette nette attendue doivent être rendus publics. Sur un axe peu fréquenté, faire payer les automobilistes pourrait surtout servir à entretenir le péage lui-même. Une étude économique éviterait de découvrir ce résultat après sa construction.

 

Sept mille emplois ajoutés à la pile des promesses

Le communiqué évoque environ 7 000 emplois directs et indirects que les projets pourraient générer. Combien dureront au-delà des chantiers ? Dans quels métiers et à partir de quand recrutera-t-on ? Le calcul des emplois indirects reste également inconnu.

Une ambition de 163 000 emplois avait déjà été avancée autour des grands projets de développement. Le gouvernement pourrait commencer par en publier le bilan : emplois créés, lieux de recrutement, contrats signés. En attendant ces comptes, les 7 000 emplois de Port-Gentil s’ajoutent à une promesse dont le résultat demeure invisible. Le chômage, lui, continue son inexorable progression.

 

La CNT hérite-t-elle aussi des dettes de la SOGATRA ?

La nouvelle Compagnie nationale de transport reprendra la SOGATRA et TRANSURB. Le communiqué annonce 149 véhicules et la fin prochaine de la gratuité des transports publics. L’addition des deux sociétés laissera aussi des questions moins photogéniques : salaires et droits dus aux travailleurs, état réel des véhicules, coûts de maintenance et subventions nécessaires.

Le parc annoncé mêle plusieurs marques d’autobus, des camions-citernes et des semi-remorques. Le gouvernement devrait préciser combien de ces véhicules circuleront dès l’ouverture, sur quelles lignes et à quel coût. Sans bilan préalable des entreprises absorbées, la CNT risque de recevoir leurs difficultés en héritage, avec un nouvel organigramme pour les administrer.

Autre création annoncée à Port-Gentil, un comité unique suivra les conclusions du Dialogue national inclusif de 2024. Deux comités existaient déjà. Leur bilan aurait été plus instructif que l’annonce de leur fusion. Le gouvernement doit indiquer les recommandations appliquées, celles qu’il a abandonnées et les progrès obtenus pour les libertés publiques et politiques. À voir les restrictions que subissent les citoyens, le changement de comité ne fera oublier ni le bilan manquant ni la promesse initiale du Dialogue.

Port-Gentil attend de l’eau, de l’électricité, des routes entretenues et des emplois rémunérés. Elle a déjà entendu les grands nombres. Le gouvernement gagnerait aujourd’hui à ouvrir ses comptes, montrer ses contrats et dater ses travaux. La machine à milliards pourra alors s’arrêter le temps de vérifier ce qu’elle a déjà produit.

Michel Ongoundou Loundah

 

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