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Gabon : Qu’est-ce qui marche encore dans ce pays ?...


Gabon : Qu’est-ce qui marche encore dans ce pays ?...

Michel Ongoundou Loundah Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Au Gabon, l’eau manque, l’électricité vacille, Internet coûte une fortune, les routes se dégradent et le carburant se fait désirer jusque dans les stations-service d’un pays pétrolier. Pendant ce temps, les inaugurations et les discours triomphants se portent à merveille. Dans une tribune au vitriol, Michel Ongoundou Loundah dresse l’inventaire corrosif d’un pays où tout semble tomber en panne, sauf la propagande gouvernementale.

Qu’est-ce qui marche encore dans ce pays ?

Vous ouvrez le robinet : pas d’eau. Vous appuyez sur l’interrupteur : pas d’électricité. Vous cherchez du carburant : faites la queue. Vous tentez de vous connecter à Internet : bonne chance ! Vous prenez la route : priez pour arriver entier.

Finalement, qu’est-ce qui marche encore dans ce pays ?

À force de parcourir le Gabon, je finis par me demander si ceux qui nous gouvernent habitent réellement le même pays que nous. Ou s’ils se contentent de celui que leur présente chaque soir le journal télévisé.

Internet : plus on paie, moins on a de data

Les réseaux sociaux sont suspendus. Et même lorsqu’on parvient à contourner les restrictions grâce à un VPN, une autre mauvaise surprise nous attend : la facture !

Les data filent à une vitesse ahurissante. On achète toujours davantage de forfaits pour passer de moins en moins de temps connecté. Là où une recharge permettait hier de tenir plusieurs jours, on regarde aujourd’hui son crédit fondre à vue d’œil.

Que s’est-il passé ? Mystère.

Pendant que les Gabonais se ruinent pour accéder péniblement à Internet, les autorités continuent de pérorer sur la transformation numérique du pays.

Il faudra bientôt disposer d’un budget de ministre pour consulter Facebook ou envoyer quelques vidéos sur WhatsApp.

Après la suspension administrative, voici la censure par l’argent !

Des routes promises, des chantiers abandonnés

J’ai récemment parcouru une partie du pays. Ovan–Makokou, Meyo-Kyé–frontière de Guinée équatoriale : des chantiers interrompus, des promesses suspendues. Sur les axes Oyem–Bitam, Ndjolé–Bifoun ou Ntoum–Libreville, les automobilistes continuent de vivre l’enfer.

Les transporteurs répercutent leurs charges sur les clients. Les populations paient la facture.

Un pays pétrolier qui court après son carburant

Des stations-service à sec, des files d’attente interminables, des restrictions sur les quantités distribuées.

Il fallait réussir cette prouesse : produire du pétrole et condamner ses habitants à courir après quelques litres de gasoil ou de super. Tout cela après les acquisitions pétrolières célébrées à grand renfort de communication officielle comme autant de victoires de notre souveraineté économique.

Gunvor : les clés de notre souveraineté pétrolière à un négociant multirécidiviste

Et c’est ici que la plaisanterie prend une tout autre dimension. Pour financer ses ambitions pétrolières, le Gabon s’est livré pieds et mains liés à Gunvor, puissant négociant suisse condamné par la justice en 2019 et en 2024 dans des affaires de corruption internationale. Plus embarrassant encore, l’opération gabonaise elle-même a attiré l’attention de la justice suisse. En mai 2026, les locaux genevois de Gunvor ont été perquisitionnés dans le cadre d’une enquête liée au financement du rachat d’Assala Energy, sur fond de soupçons de corruption d’agents publics étrangers.

Voilà le partenaire auquel nos dirigeants ont choisi de confier les clés de notre souveraineté pétrolière !

 

On inaugurait la façade, les travaux continuaient derrière

Il nous reste heureusement les inaugurations. Rubans coupés, plaques dévoilées, discours triomphants au journal télévisé : la communication gouvernementale excelle dans cet exercice.

Sauf que le décor et l’enfumage commencent à se fissurer. Certaines infrastructures présentées comme achevées étaient encore en chantier au moment de leur inauguration.

On inaugurait la façade pendant que les travaux continuaient derrière.

Et la justice ? Même les magistrats n’en peuvent plus

On aurait presque oublié la justice dans cet inventaire du désastre. Pourtant, l’insécurité judiciaire, on le sait, est la mère des insécurités.

Le Syndicat national des magistrats du Gabon (SYNAMAG) multiplie les alertes sur les dysfonctionnements de l’appareil judiciaire : conditions de travail, insécurité dans les juridictions, insuffisances matérielles et difficultés institutionnelles. L’affaire Eddy Narcisse Minang, ancien procureur général radié de la magistrature, vient s’ajouter aux multiples illustrations de la régression de notre justice.

Alain-Claude Bilie-By-Nzé, aujourd’hui privé de liberté, en sait quelque chose.

Et c’est dans ce climat que s’ouvre, ce lundi 5 octobre, la rentrée judiciaire. On y mettra sans doute beaucoup de solennité pour masquer l’état réel de l’institution. Mais plus personne n’est dupe.

Alors, finalement, qu’est-ce qui marche encore dans ce pays ?

La propagande, peut-être. Elle, au moins, ne connaît ni délestage, ni pénurie, ni interruption de service, ni injustice, ni panne sèche.

 

Michel Ongoundou Loundah

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