Santé et bien-être Société Économie Politique Environnement Fait-divers Monde Sports Culture / Arts
Flash
Infos

Gabon / Rentrée scolaire 2026-2027 : l’école reprend, les difficultés aussi


Gabon / Rentrée scolaire 2026-2027 : l’école reprend, les difficultés aussi

Quelques élèves du primaire, le premier jour de la rentrée. Image du peuple souverain gabonais Credit:© 2026 D.R./Le Radar

La rentrée scolaire 2026-2027 est officiellement effective depuis ce lundi 7 septembre à Libreville comme dans le reste du pays. Mais derrière le retour des élèves dans les salles de classe, cette première journée révèle une réalité moins uniforme que ne le laisse supposer le calendrier officiel. Pour de nombreuses familles, la rentrée scolaire reste d’abord une épreuve financière. Pour plusieurs établissements, elle commence dans des conditions matérielles qui interrogent directement la capacité de l’école publique à remplir sa mission.

L’école reprend, les difficultés aussi

À Libreville, la reprise apparaît encore timide. Quelques élèves ont retrouvé les salles de classe au lycée national Léon Mba, au lycée Nelson Mandela ainsi que dans plusieurs établissements publics et privés de la capitale. D’autres devraient les rejoindre progressivement dans les prochains jours.

 

Cette rentrée en ordre dispersé ne relève pas seulement des habitudes prises par certaines familles. Elle traduit aussi leurs difficultés économiques.

 

Quand la rentrée devient une épreuve pour les familles

 

Uniformes, fournitures scolaires, inscriptions, transport, restauration et autres dépenses annexes représentent une charge importante pour les ménages, particulièrement dans un contexte marqué par la cherté de la vie. À ces contraintes s’ajoute, pour certaines familles, la fragilisation provoquée par les opérations de déguerpissement et les dépenses de relogement qui en ont résulté.

 

La rentrée au Lycée Nelson Mandela

La gratuité théorique de l’enseignement public ne signifie donc pas gratuité de la scolarité. Entre ce que prend en charge l’État et ce que les parents doivent effectivement débourser pour permettre à un enfant d’aller à l’école dans des conditions normales, l’écart demeure considérable.

 

Cette question mérite d’autant plus d’être posée que l’école gabonaise a historiquement constitué l’un des principaux instruments de promotion sociale. Des générations de Gabonais ont pu accéder aux responsabilités administratives, économiques et politiques grâce à l’enseignement public. Lorsque le coût périphérique de la scolarité devient progressivement inaccessible aux ménages modestes, c’est donc bien davantage qu’une difficulté de rentrée qui apparaît : c’est le principe même d’égalité des chances qui se fragilise.

 

La pression sur le système est d’ailleurs réelle. Pour la seule entrée en sixième, plus de 46 400 élèves devaient être orientés cette année, dans un contexte où les capacités d’accueil du public restent insuffisantes.

 

Peut-on exiger l’excellence dans des écoles délabrées ?

 

La ministre d’État chargée de l’Éducation nationale, Camélia Ntoutoume Leclercq, a placé l’année scolaire sous le signe du « travail, de la discipline, de l’innovation et de l’excellence ». L’ambition est légitime. Encore faut-il que les conditions matérielles permettent aux élèves et aux enseignants de la concrétiser.

 

Or, dans plusieurs établissements, particulièrement au primaire, les premières images de cette rentrée montrent une réalité préoccupante : bâtiments dégradés, toilettes inutilisables ou inexistantes, insuffisance de tables-bancs, problèmes d’accès à l’eau et à l’électricité, parfois même absence du matériel pédagogique le plus élémentaire.

 

Ces carences ne relèvent pas du confort. Elles affectent directement l’apprentissage. Un enfant qui suit les cours dans une salle surchargée, mal équipée ou dépourvue de conditions sanitaires convenables n’est pas placé dans les mêmes dispositions qu’un autre qui bénéficie d’un environnement scolaire adapté. De même, demander à un enseignant de produire de bons résultats sans lui offrir un cadre de travail acceptable revient à lui assigner des objectifs sans lui donner tous les moyens de les atteindre. C’est un peu comme envoyer un soldat au front sans arme ni munitions.

 

Le problème est d’autant plus préoccupant que des citoyens et des collectifs ont dû, à quelques jours de la rentrée, se mobiliser eux-mêmes pour nettoyer ou remettre sommairement en état certains établissements. Ces initiatives sont salutaires. Elles révèlent aussi, involontairement, une anomalie : l’entretien courant d’une école publique ne devrait pas dépendre de la mobilisation de bénévoles à la veille de l’arrivée des élèves.

 

L’éducation est aussi un investissement économique

 

Rénover une école, construire des salles de classe ou équiper correctement un établissement ne constitue pas seulement une dépense sociale. C’est un investissement économique.

 

Aucun pays ne peut durablement améliorer sa productivité, diversifier son économie ou réduire le chômage des jeunes sans un système éducatif capable de former correctement sa population. L’UNESCO accompagne d’ailleurs actuellement le Gabon dans la mise en œuvre d’un Plan sectoriel de l’éducation 2026-2030, qui place notamment l’amélioration de la gouvernance, de l’accès et de la qualité de l’enseignement au cœur des priorités.

 

Le sujet dépasse donc largement les murs défraîchis d’une école ou l’absence de quelques tables-bancs. Chaque insuffisance accumulée aujourd’hui dans l’enseignement se paiera demain en déficit de qualification, en difficultés d’insertion professionnelle et en perte de compétitivité pour le pays.

 

Cette rentrée du 7 septembre offre ainsi une photographie assez fidèle des défis auxquels l’école gabonaise reste confrontée. Les élèves reprennent progressivement le chemin des classes. Les familles font ce qu’elles peuvent pour suivre. Les enseignants retrouvent leurs postes. Mais derrière ce rituel annuel demeure une question de fond : quelles conditions matérielles et sociales le pays veut-il réellement offrir à ceux dont il attend demain le travail, la discipline, l’innovation et l’excellence ?

 

La rentrée est effective. Le véritable enjeu commence maintenant : faire en sorte que l’école fonctionne.

Commenter l'article