Emmanuel Ndzoma, lors de son culte Credit:© 2026 D.R./Le Radar
En 2022, le ministère de l’Intérieur avait suspendu, à titre conservatoire, les activités de l’Église Synagogue du Gabon, dirigée par le prophète Emmanuel Ndzoma. La décision intervenait dans le contexte très médiatisé de l’affaire dite de la « grossesse miraculeuse ».Le responsable religieux avait affirmé être à l’origine d’une grossesse de trois mois chez une Gabonaise présentée comme stérile. L’affaire avait provoqué une vive polémique et conduit les autorités à intervenir.
Emmanuel Ndzoma de retour : la réforme des églises à l’épreuve des faits
À l’époque, le ministère de l’Intérieur évoquait des « actes de manipulation des masses » et faisait état d’« importants faisceaux d’indices » concernant des pratiques présumées de manipulation fondées sur des procédés d’autosuggestion et des promesses présentées comme miraculeuses. Les autorités estimaient notamment que ces pratiques pouvaient porter atteinte aux bonnes mœurs et à l’ordre public.
Emmanuel Ndzoma avait ensuite été placé en détention préventive à la prison centrale de Libreville en septembre 2022, avant de bénéficier d’une liberté provisoire quelques mois plus tard.
Depuis, le prophète a repris ses activités. Dès 2024, il annonçait lui-même la réouverture de son église, pourtant suspendue « jusqu’à nouvel ordre » deux ans auparavant. Les conditions administratives précises de cette reprise ont été très peu médiatisées, au point de passer quasiment inaperçues.
Une récente vidéo, largement relayée sur les réseaux sociaux, remet aujourd’hui Emmanuel Ndzoma sous les projecteurs. On y voit le prophète prêcher devant un jeune homme présenté comme un ancien bandit désormais converti au christianisme. Au cours de la séquence, il lui remet une enveloppe contenant, selon les images, 600 000 francs CFA, somme présentée comme provenant des fidèles.
Le culte à l’Église Synagogue
Le geste peut être interprété comme un acte de solidarité religieuse. Mais le passé de l’Église Synagogue du Gabon donne à cette nouvelle séquence une portée particulière.
Quatre ans après sa suspension, une question demeure : sur quelle base cette église a-t-elle officiellement repris ses activités et quelles obligations lui sont aujourd’hui imposées ?
Un secteur que l’État veut remettre en ordre
Cette interrogation intervient dans un contexte particulier. Le gouvernement a récemment rouvert le dossier de l’encadrement des cultes.
En juin dernier, le ministre de l’Intérieur, Adrien Nguema Mba, annonçait la préparation d’un nouveau cadre juridique destiné à mieux organiser l’exercice des cultes au Gabon, dans un secteur marqué depuis plusieurs années par la multiplication des églises dites de réveil et des lieux de culte.
Le 21 juillet 2026, le ministère réunissait des responsables de confessions religieuses, des fédérations, des églises indépendantes, des associations cultuelles ainsi que des représentants des traditions autour d’un avant-projet de loi relatif aux communautés religieuses, cultuelles, aux rites et aux traditions.
L’objectif affiché est notamment de mieux encadrer la création et le fonctionnement des structures religieuses, dans un contexte où les pouvoirs publics s’inquiètent de la prolifération de lieux de culte non déclarés et de certaines pratiques susceptibles de porter préjudice aux fidèles.
Le cas Emmanuel Ndzoma prend, dès lors, une dimension particulière.
Car remettre de l’ordre dans le secteur religieux ne peut se limiter à l’annonce de nouvelles règles. Encore faut-il savoir quelles églises sont légalement autorisées à exercer, dans quelles conditions elles fonctionnent, quelles obligations s’imposent à leurs responsables et, surtout, quelles suites sont données aux décisions de suspension prises par l’administration.
L’affaire de la « grossesse miraculeuse » avait conduit le ministère de l’Intérieur à suspendre l’Église Synagogue du Gabon « jusqu’à nouvel ordre ». Quatre ans plus tard, Emmanuel Ndzoma prêche de nouveau publiquement et son église fonctionne.
Dès lors, une question de cohérence de l’action publique se pose.
Si l’État entend réformer et mieux encadrer les pratiques religieuses, il devra également clarifier le statut des structures déjà sanctionnées par l’administration et expliquer les conditions dans lesquelles certaines ont pu reprendre leurs activités.
Car une réforme ne se mesure pas uniquement aux textes qu’elle annonce. Elle se juge aussi à la capacité de l’État à appliquer ses propres décisions.