Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Quelques heures après sa tribune sur le recueil de la Cour des comptes, Michel Ongoundou Loundah revient sur la liste des 61 noms qui circule sur les réseaux sociaux. Une mise en garde contre les amalgames, mais aussi un appel à une reddition des comptes qui n’épargne personne, y compris le CTRI.
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La publication du Recueil des décisions et avis des juridictions financières a déjà produit son effet le plus spectaculaire : une liste de 61 personnes physiques circule abondamment sur les réseaux sociaux.
Le danger est immédiat.
Ces 61 noms ne correspondent pas nécessairement à 61 situations identiques, encore moins à 61 personnes qui resteraient aujourd’hui redevables des montants autrefois prononcés contre elles.
Certains dossiers remontent à plusieurs années, parfois plusieurs décennies. Des paiements ont pu intervenir. Des sommes ont pu être recouvrées. Des décisions ont pu être modifiées, exécutées ou régularisées.
Avant de jeter des noms en pâture, encore faut-il savoir où en est chaque dossier.
Le risque de l’amalgame
Nous sommes au croisement du manque de pédagogie, de l’insuffisance d’explications et d’une possible instrumentalisation populiste.
Une liste circule plus vite qu’une décision de justice. Un montant frappe davantage qu’une explication juridique. Et, sur les réseaux sociaux, le soupçon peut rapidement devenir condamnation.
La manière dont avait été traitée, il y a quelques mois, la question des gros débiteurs de la SEEG devrait pourtant nous servir d’avertissement.
En mars dernier, dans une tribune publiée par Top Infos Gabon, j’avais mis en garde contre les amalgames provoqués par la publication de situations très différentes sous une même étiquette.
J’écrivais alors :
« ...comment ne pas s’insurger contre un débat public qui occulte délibérément les réalités sociales, livrant ainsi une partie des usagers à la vindicte populaire ? Les résidents de la cité Alhambra en sont l’exemple frappant. Issus pour la plupart du centre social d’Akébé, leur vulnérabilité économique avait conduit Omar Bongo à les exempter de factures d’eau et d’électricité. Loin d’être les “clients malhonnêtes” pointés du doigt par le Ministre, ils sont les victimes d’une stigmatisation malencontreuse. »
La liste de la SEEG mélangeait alors des réalités qui auraient dû être expliquées avant d’être exposées. Des particuliers, des administrations, des casernes et des situations sociales particulières se retrouvaient placés sous une même qualification.
Nous risquons aujourd’hui de reproduire le même travers avec la liste des 61 noms.
Publier les noms ne suffit pas
La vraie reddition des comptes commence par une mise à jour précise des situations.
Pour chacune des personnes concernées, il faut pouvoir établir la décision rendue, le montant concerné et surtout l’état actuel du dossier.
Ce qui compte désormais, c’est de savoir ce qui reste réellement dû.
Sans cette clarification, une décision ancienne peut se transformer en condamnation publique nouvelle, y compris contre quelqu’un qui aurait déjà payé ou régularisé sa situation.
La justice financière ne peut pas devenir le carburant d’un tribunal populaire.
Et une liste ne doit pas servir de diversion commode en concentrant toute l’attention sur quelques noms pendant que d’autres comptes restent dans l’ombre.
Les comptes du CTRI aussi
Puisque nous sommes désormais dans une logique de vertu, de transparence et de reddition des comptes, cette exigence doit s’appliquer à tous.
Près de trois ans après le 30 août 2023, les Gabonais attendent toujours un bilan complet de l’argent et des biens récupérés dans les jours et les mois qui ont suivi le coup d’État.
Le 6 octobre 2023, 7,2 milliards de francs CFA et 344 véhicules saisis avaient officiellement été remis au Premier ministre. D’autres biens meubles et immeubles avaient également été annoncés ou présentés comme récupérés.
La Transition est terminée.
Nous sommes revenus à un régime institutionnel normal.
Le CTRI doit donc lui aussi rendre ses comptes : argent récupéré, véhicules saisis et affectés, biens meubles et immeubles réquisitionnés, restitués ou intégrés au patrimoine de l’État.
La reddition des comptes ne peut pas s’arrêter aux noms qui circulent aujourd’hui sur les réseaux sociaux.
Reddition des comptes pour les uns, reddition des comptes pour tous.
C’est ça, la République !
Michel Ongoundou Loundah