Mobilisation de l’UDB, législatives 2025 Credit:© 2026 D.R./Le Radar
La recomposition politique engagée après l’élection présidentielle a profondément modifié l’équilibre entre les forces ayant soutenu Brice Clotaire Oligui Nguema. Si l’UDB s’est progressivement imposée comme la principale force de la majorité, plusieurs formations alliées cherchent encore leur place dans cette nouvelle architecture politique. Une évolution qui pose la question de l’équilibre entre parti dominant et partenaires de majorité.
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Gouvernance inclusive ou recomposition politique au bénéfice presque exclusif du parti présidentiel ? Quelques mois après la création de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), le devenir des formations qui avaient accompagné Brice Clotaire Oligui Nguema au sein du Rassemblement pour la démocratie et le bien-être (RDB) constitue un révélateur intéressant des nouveaux rapports de forces politiques au Gabon.
Entre la coalition constituée pour la présidentielle et la majorité installée après les élections législatives et sénatoriales, le paysage a profondément changé. L’UDB occupe désormais une position largement dominante dans les institutions, tandis que plusieurs formations ayant participé à la dynamique initiale se retrouvent avec une représentation politique considérablement réduite.
À regarder leur situation les unes après les autres, une question finit donc par s’imposer : le passage du RDB à l’UDB n’a-t-il pas constitué, pour certains alliés, un véritable contrat de dupes ?
Du rassemblement électoral au parti dominant
Le RDB répondait à une logique simple : rassembler autour de la candidature de Brice Clotaire Oligui Nguema des partis, des personnalités et des sensibilités politiques parfois très différents.
Une fois l’élection présidentielle passée, cette architecture a progressivement laissé place à une autre.
La création de l’UDB a installé un puissant parti présidentiel autour duquel s’est restructurée la nouvelle majorité. Les élections législatives ont ensuite consacré cette prépondérance.
C’est à partir de là que la situation des anciens partenaires du RDB devient politiquement intéressante.
Car plusieurs formations qui comptaient dans le paysage politique avant le 30 août 2023 se retrouvent aujourd’hui considérablement affaiblies dans les institutions.
Le cas du Rassemblement pour la patrie et la modernité (RPM) et celui de l’Union nationale (UN) sont particulièrement révélateurs.
Avant le changement de régime du 30 août 2023, ces deux formations figuraient parmi les forces les plus visibles de l’opposition gabonaise. Leurs dirigeants occupaient une place importante dans le débat politique national et les deux partis disposaient d’une implantation et d’une identité propres.
Ils appartiennent aujourd’hui à la majorité présidentielle.
Mais cette proximité avec le nouveau pouvoir ne s’est pas traduite par un renforcement électoral de leurs partis. Bien au contraire.
À l’Assemblée nationale, le RPM ne compte que trois députés et l’Union nationale deux. Aucun des deux partis n’est donc en mesure de constituer seul un groupe parlementaire.
Le constat est d’autant plus frappant que plusieurs figures importantes de ces formations ont connu des défaites électorales alors même qu’elles appartiennent désormais au camp présidentiel.
Voilà l’un des paradoxes de cette recomposition : certains responsables politiques semblent avoir gagné en proximité avec le pouvoir ce que leurs partis ont perdu en poids politique.
RÉAGIR : exister séparément ou rejoindre l’UDB
La situation de RÉAGIR éclaire une autre facette de cette recomposition.
Cette décision peut naturellement être analysée comme un choix stratégique dans un paysage politique profondément transformé. Mais elle soulève également une question plus large : quelle capacité d’existence autonome reste-t-il aux formations alliées face à un parti présidentiel disposant d’une telle puissance institutionnelle ?
Pour certaines, le problème n’est peut-être déjà plus de savoir quelle place obtenir à côté de l’UDB, mais s’il demeure politiquement possible d’exister durablement en dehors d’elle tout en appartenant à la majorité.
Pris dans leur ensemble, ces différents parcours dessinent une configuration singulière.
Le RDB avait besoin d’alliés pour construire une dynamique électorale large autour de Brice Clotaire Oligui Nguema.
Après la victoire, l’UDB a progressivement occupé l’essentiel de l’espace.
Certains alliés ont conservé quelques positions. D’autres ont vu leur représentation parlementaire se réduire fortement. Une composante de RÉAGIR a choisi la fusion. D’autres formations ayant participé à la dynamique initiale peinent désormais à rendre visible leur poids dans la nouvelle majorité.
Non parce qu’un accord aurait nécessairement garanti à chaque parti un nombre déterminé de postes ou de sièges. Rien ne permet de l’affirmer.
Mais parce que le rapport de forces issu de cette recomposition apparaît particulièrement déséquilibré : le principal bénéficiaire politique du rassemblement initial est devenu suffisamment puissant pour pouvoir désormais se passer largement de ceux qui avaient contribué à ce rassemblement.
Le malaise ne concerne d’ailleurs pas uniquement les formations encore représentées dans les institutions.
L’Union du peuple gabonais (UPG), qui avait rejoint la dynamique du RDB et signé la charte de soutien à la candidature d’Oligui Nguema, estime également ne pas avoir obtenu une reconnaissance politique correspondant à son engagement.
Son cas permet surtout de poser la question des formations restées à la périphérie de la nouvelle architecture.
Que reste-t-il politiquement du RDB lorsque l’UDB concentre l’essentiel du pouvoir partisan et institutionnel ?
La question dépasse largement celle des nominations.
Soutenir un candidat ne crée pas un droit automatique à une fonction publique.
L’administration de l’État n’est pas davantage destinée à servir de caisse de compensation entre formations politiques.
Mais cette évidence en entraîne une autre : si les nominations ne constituent pas les dividendes d’une victoire électorale, elles doivent pouvoir être comprises à partir de critères suffisamment lisibles pour éviter que l’appartenance au parti dominant apparaisse comme le principal instrument d’accès aux responsabilités.
C’est là que le débat sur l’inclusivité rejoint celui, beaucoup plus large, de la relation entre le parti présidentiel et l’État.
Le passage du RDB à l’UDB raconte finalement une transformation politique beaucoup plus profonde qu’un simple changement de sigle.
Le premier avait vocation à rassembler.
La seconde a vocation à structurer et à dominer la nouvelle majorité.
Entre les deux, plusieurs partis autrefois importants ont vu leur espace politique se réduire considérablement. Certains ont accepté de se fondre dans la nouvelle formation. D’autres tentent de préserver leur identité avec une représentation parlementaire devenue très faible.
Cette évolution ne signifie pas nécessairement que ces formations ont été volontairement sacrifiées. Les élections produisent aussi leurs propres rapports de forces et les électeurs restent maîtres de leurs choix.
Mais le résultat politique, lui, est observable.
L’UDB est sortie considérablement renforcée de la recomposition. Plusieurs de ses alliés, eux, en sont sortis considérablement diminués.
C’est autour de ce contraste que se jouera probablement une partie de l’équilibre de la majorité présidentielle : savoir si elle demeurera uneu coalition de forces politiques distinctes ou si elle deviendra progressivement un espace organisé autour d’un parti dominant et de partenaires réduits au rôle de figurants.
