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Gabon, 3 ans et 1 coup d’Etat plus tard : la cruelle désillusion des « Libérateurs »


Gabon, 3 ans et 1 coup d’Etat plus tard : la cruelle désillusion des « Libérateurs »

Michel Ongoundou Loundah président du parti REAGIR et ancien sénateur de la transition Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Ils promettaient la libération et le renouveau. Trois ans plus tard, de nombreux Gabonais dénoncent une gouvernance marquée par l’improvisation, les pénuries et le recyclage des anciennes pratiques du système déchu. Dans une tribune sans concession, l’ancien sénateur de la transition et président du parti REAGIR, livre une critique sévère du régime issu du coup d’État de 2023.

Dans nos quartiers sans eau et sans électricité, on entend de plus en plus, à propos de la gestion chaotique du pays par le nouveau pouvoir UDB-PDG-CTRI, cet aphorisme narquois : « libérer est un verbe, mais gouverner est un métier ». Dans les médias, ce sont les mêmes récriminations.

Légitimes, certes. Mais tout de même !

Cessons, un instant, cet injuste lynchage médiatique et reprenons le film depuis le début. C’est-à-dire depuis « le coup de Libération ». Accuser nos valeureux « Libérateurs » d’incompétence parce que le Gabon s’enfonce dans le noir, la pénurie d’eau, les routes imaginaires et la vie hors de prix relève d’une sévérité naïve, presque inhumaine.

C’est comme si l’on avait oublié que le 30 août 2023, leur « victoire » - contre on ne sait qui - fut tellement facile qu’elle ressemblait davantage à une remise de clés qu’à une conquête du pouvoir.

Faisons preuve d’indulgence : le 30 août 2023, leur « épopée historique » fut si confortable qu’on n’a même pas froissé l’aile d’un moustique. Arrachant le pouvoir des mains d’un régime déjà considérablement affaibli par les coups répétés de l’opposition, des syndicats, de la société civile et de la diaspora, ils ont simplement soulagé Ali Bongo d’une couronne qu’il ne portait plus depuis de nombreuses années.

« Celui qui n’a jamais porté un panier de noix de palme croit que la charge est légère » , nous enseigne une vieille sagesse ancestrale. Les « Libérateurs » ne devraient donc pas être surpris par la tournure des choses : lorsqu’on confond ramassage et conquête, on finit par prendre la gestion d’un État pour une simple formalité administrative. Or, gouverner un État ne relève pas d’un simple exercice de communication, d’un défilé en uniforme ou d’un pique-nique institutionnel.

Trois ans plus tard, le réveil est donc brutal. Et le catalogue des péchés capitaux de nos soldats-gouvernants s’est enrichi de quelques chapitres particulièrement édifiants.

L’arrogance de l’ignorance

Face à la complexité de dossiers qu’ils maîtrisent mal, point de prudence, encore moins d’humilité. Certains ont préféré la vieille recette des pouvoirs dépassés : s’emporter, menacer, embastiller, intimider, persécuter. Faute de savoir stabiliser le réseau électrique, on stabilise la peur. Faute de savoir distribuer l’eau, on rationne les libertés. Et pour notre plus grand malheur, certains d’entre eux ont une conception très condescendante, voire belliqueuse de leur propre ignorance.

Le recyclage des vieux sorciers

Pour s’acheter une respectabilité internationale et combler le vide de l’improvisation, les nouveaux maîtres des lieux ont ressorti les mêmes prêtres du désastre, les mêmes vampires politiques nourris depuis l’ère Omar Bongo aux mamelles de l’État. Premiers rôles ou conseillers de l’ombre, ces professionnels de l’échec administrent aujourd’hui le pays avec l’assurance tranquille de ceux qui ont déjà participé aux précédents naufrages.

« Quand on confie le tambour à celui qui ignore le rythme, c’est tout le village qui danse de travers » . Avec eux, le Gabon expérimente depuis des décennies cette pédagogie du désordre et de la prédation.

Gouverner n’est pas parader. Administrer une République exige davantage que la discipline de caserne, le culte de la personnalité ou la mise en scène permanente. À force de confondre l’art de l’embuscade avec la conduite d’un État, le régime issu du coup d’Etat de 2023 est en train de se fracasser contre le mur du réel.

Les « Libérateurs » voulaient sauver le pays. Ils démontrent, jour après jour, qu’un uniforme, même remplacé par un beau costume, ne tient pas lieu de vision, et que l’improvisation reste de l’improvisation.

Michel Ongoundou Loundah

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