Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar
En signant, ce 28 juillet 2026 à Addis-Abeba, l’accord d’application de la décision de la Cour internationale de Justice sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga, le Gabon a tourné une page importante de son histoire diplomatique. Après le report de l’échéance de transformation locale du manganèse dans le dossier Eramet, voici un nouveau dossier stratégique qui se referme dans une discrétion comparable. Pour l’ancien Sénateur Michel Ongoundou Loundah, l’absence d’explications publiques autour de ces accords stratégiques soulève des questions sur la transparence de la gouvernance du pays.
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C’est dans une discrétion inversement proportionnelle à l’importance de l’enjeu que le Gabon et la Guinée Equatoriale ont signé, ce 28 juillet 2026 à Addis-Abeba, sous l’égide de l’Union Africaine, l’accord mettant en œuvre la décision de la Cour internationale de Justice sur les îles Mbanié, Cocotiers et Conga. Une opération dont une grande partie de l’opinion n’a véritablement pris la mesure qu’après coup, alors qu’elle mettait un terme à plus d’un demi-siècle de différend territorial entre les deux États.
L’accord, signé par le président de la Cour constitutionnelle du Gabon, Dieudonné Aba’a Owono, et le ministre équato-guinéen des Affaires étrangères, Simeón Oyono Esono Angue, marque l’aboutissement d’un contentieux qui occupait depuis des décennies une place particulière dans l’histoire diplomatique du Gabon.
Qu’un État applique une décision de la Cour internationale de Justice relève tout simplement du respect de ses engagements internationaux. Personne ne le conteste. Ce sont plutôt les conditions dans lesquelles cette décision a été mise en œuvre qui interrogent. Pourquoi une décision d’une telle portée nationale a-t-elle été entourée d’une telle discrétion ? Pourquoi aucune adresse solennelle au peuple ? Pourquoi aucune explication détaillée sur les négociations menées, les options examinées, les éventuelles marges de manœuvre dont disposait le Gabon et les conséquences concrètes de cet accord ?
Pendant des mois, les hypothèses les plus diverses ont circulé. Certains évoquaient des compensations territoriales, d’autres des négociations susceptibles d’aboutir à une issue plus favorable pour le Gabon.
L’enjeu, on le sait, n’a jamais résidé dans les quelques hectares de terre émergée. Il se situait dans les espaces maritimes, les ressources potentielles en hydrocarbures et les intérêts stratégiques auxquels ces îlots étaient susceptibles de donner accès. C’est ce qui conférait à ce dossier une importance qui dépassait largement la seule question de la superficie des îles. Au-delà du fond, c’est également la méthode qui interpelle. Les décisions les plus importantes donnent de plus en plus le sentiment d’être révélées aux citoyens lorsqu’elles sont déjà arrêtées, laissant peu de place à l’explication et au débat public.
Après le report de l’échéance de transformation locale du manganèse dans le dossier Eramet, voici un nouveau dossier stratégique qui se referme dans une discrétion comparable.
Pris séparément, chacun de ces dossiers peut recevoir sa propre justification. Mais leur succession nourrit un malaise grandissant. Elle alimente l’impression que les citoyens sont peu à peu dépossédés du débat sur les choix qui engagent l’avenir de leur propre pays, comme si leur rôle se limitait à prendre acte de décisions déjà arrêtées.
Au fond, le dossier Mbanié dépasse le seul règlement d’un différend territorial. Il met en lumière une certaine manière d’exercer le pouvoir, où les décisions les plus importantes semblent arrêtées au sommet sans véritablement être portées à la connaissance des citoyens. Une telle conception du pouvoir interroge. À force de reléguer les citoyens au rôle de simples destinataires de décisions déjà prises, elle finit par donner le sentiment d’une gouvernance infantilisante.
La véritable question désormais est de savoir combien de temps encore les Gabonais accepteront d’être ainsi tenus à l’écart des choix qui engagent l’avenir de leur pays.
Michel Ongoundou Loundah