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Gabon-Guinée-Équatoriale : Mbanié, ou les étonnantes coïncidences de l’Histoire


Gabon-Guinée-Équatoriale : Mbanié, ou les étonnantes coïncidences de l’Histoire

Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Le dossier Mbanié est loin d’avoir livré son dernier chapitre. Plus d’un demi-siècle de procédures, de négociations et d’espoirs n’a manifestement pas suffi à éteindre les interrogations qu’il continue de susciter. Dans une nouvelle tribune, l’ancien Sénateur, Michel Ongoundou Loundah, propose une lecture originale de cette longue affaire. Au-delà des cartes, des traités et des arguments juridiques, il invite à voir un récit profondément humain et politique, où se mêlent d’étonnantes coïncidences, des occasions manquées et une réflexion sur la manière dont le Gabon a défendu ses intérêts tout au long de ce contentieux.

Il y a des dossiers administratifs. Il y a des contentieux diplomatiques. Et puis il y a Mbanié.

Mbanié n’est pas seulement un différend frontalier. C’est un véritable roman national et régional. Une histoire commencée il y a plus d’un demi-siècle, qui a traversé les régimes, survécu aux chefs d’État et mobilisé plusieurs générations de diplomates, de juristes, de cartographes, de négociateurs et d’experts en droit international.

Au passage, reconnaissons-le avec un sourire : cette affaire a probablement davantage fait vivre certains cabinets d’avocats, de conseil, d’expertise, bien des intervenants et une poignée de hauts fonctionnaires appelés, au fil des années, à y prendre part qu’elle n’a apporté de bénéfices visibles aux populations gabonaise et équato-guinéenne. Cinquante années de missions, de réunions, d’études, de consultations et de procédures internationales finissent forcément par faire quelques heureux. Comme souvent, les conflits qui durent finissent aussi par créer leur propre économie.

Mais le plus étonnant reste pourtant à venir.

Au moment où ce dossier semble enfin approcher de son terme, le destin place face à face deux hommes aux trajectoires étonnamment parallèles : Deux chefs d’État. Deux généraux. Deux... Nguema.

D’un côté, le général Teodoro Obiang Nguema. De l’autre, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Comme si cela ne suffisait pas, chacun est arrivé au pouvoir en renversant son propre oncle. Le premier a déposé Francisco Macías Nguema. Le second a mis fin au pouvoir d’Ali Bongo Ondimba.

À ce stade, le hasard ressemble presque à une mise en scène de l’Histoire. Un romancier aurait sans doute hésité à imaginer un tel scénario, de peur qu’on le juge invraisemblable. Faut-il y voir un signe ? Les plus cartésiens parleront d’une simple coïncidence. Les plus spirituels rappelleront qu’en Afrique, l’Histoire est aussi faite de symboles, de mémoire et de ces étonnantes coïncidences qui nourrissent les conversations sous l’arbre à palabres. Sans convoquer les esprits, on peut au moins reconnaître que cette accumulation de ressemblances invite à réfléchir...

Aujourd’hui, le Gabon a lui-même suspendu le processus engagé avec la Guinée équatoriale. C’est bien la preuve qu’à ses yeux, quelque chose n’a pas fonctionné comme prévu. Pourtant, beaucoup estimaient que notre pays disposait d’arguments solides et de réelles chances de l’emporter dans ce dossier. Si le résultat n’a pas été à la hauteur de nos attentes, il est légitime de s’interroger : les ressources humaines, matérielles et financières mobilisées pendant plus d’un demi-siècle ont-elles été utilisées avec toute l’efficacité que commandait la défense des intérêts du Gabon ?

Sans vouloir verser dans la suspicion gratuite ou la malveillance, on peut tout de même faire observer que certains ont fini par donner le sentiment que le dossier Mbanié était devenu leur domaine réservé. Les mêmes noms revenaient inlassablement, comme si eux seuls détenaient les clés du dossier. Pourtant, notre pays dispose d’un important vivier de compétences de haut niveau, capables de soutenir la comparaison dans bien des domaines. Pourquoi ne pas avoir davantage renouvelé les équipes, enrichi les expertises ou confronté les approches ? À tort ou à raison, cette forme de sanctuarisation a nourri un malaise. Et lorsqu’un dossier stratégique d’une telle importance donne le sentiment d’être confisqué par un cercle restreint, les interrogations finissent inévitablement par alimenter les fantasmes.

C’est donc pour dissiper ces interrogations qu’un audit indépendant serait aujourd’hui utile. Il ne s’agirait pas de rouvrir inutilement les blessures du passé, mais d’en tirer les leçons. Si le Gabon est appelé à reprendre les négociations, de nouveaux experts seront désignés, de nouveaux moyens seront engagés et de nouvelles responsabilités seront confiées. Nous avons donc le devoir de savoir ce qui a fonctionné, mais surtout ce qui n’a pas marché, afin de ne pas reproduire demain les erreurs d’hier.

Au point où nous en sommes aujourd’hui, l’avenir pourrait aussi être l’occasion de corriger un autre angle mort. Le Gabon a-t-il suffisamment associé les ressortissants du Woleu-Ntem ? Car il ne faut pas oublier que, dans les conflits entre États voisins, la géographie humaine et la mémoire des populations frontalières constituent parfois une ressource stratégique aussi précieuse que les cartes, les traités ou les expertises juridiques.

Au fond, Mbanié n’est pas seulement une affaire de frontières. C’est une certaine idée du Gabon.

Et quelles que soient les étonnantes coïncidences de l’Histoire, il appartient désormais à chacun d’entre nous d’écrire la suite, avec une seule certitude : le Gabon est, et demeurera toujours, plus grand que nous.

 

Michel Ongoundou Loundah

 

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