Gabon : L’affaire Khalil Rihan ou quand des hommes d’affaires deviennent plus puissants que les ministres
Michel Ongoundou Loundah, ancien Sénateur Credit:© 2026 D.R./Le Radar
« Qui gouverne réellement ? » Cette question de l’ancien Sénateur Michel Ongoundou Loundah touche au cœur même du fonctionnement de l’État : la place des institutions face aux réseaux d’influence. Après le traumatisme sud-africain de la « State Capture », le Gabon se retrouve aujourd’hui confronté à une interrogation similaire, à la suite d’une enquête d’Africa Intelligence mettant en lumière le rôle attribué à Khalil Rihan dans plusieurs affaires stratégiques.
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En février 2018, Jacob Zuma est contraint de quitter la présidence de l’Afrique du Sud. Ce n’est ni un coup d’Etat, ni la rue, ni l’opposition qui l’emportent. C’est son propre parti, l’ANC, qui le pousse vers la sortie. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’une question empoisonnait désormais toute la vie politique sud-africaine : qui gouvernait réellement le pays ? Le président... ou les frères Gupta ?
Cette affaire, passée à la postérité sous le nom de « State Capture », la capture de l’État, est devenue un cas d’école dans toutes les réflexions sur la gouvernance publique.
Les dirigeants gabonais auraient tort d’y voir une simple curiosité historique. Car les États ne s’effondrent pas uniquement sous le poids des crises économiques. Ils commencent à vaciller lorsque leurs propres institutions donnent le sentiment d’avoir été reléguées au second plan par des intérêts privés, de surcroit étrangers.
En 2009, lorsque Jacob Zuma arrive au pouvoir, les frères Gupta , Ajay, Atul et Rajesh , sont déjà de puissants hommes d’affaires. Leur proximité avec le président ne choque pas outre mesure. Puis, année après année, les révélations s’accumulent. En 2016, l’ancien vice-ministre des Finances, Mcebisi Jonas, affirme publiquement que les Gupta lui ont proposé le portefeuille des Finances. En 2017, une enquête dévoile des milliers de documents évoquant des interventions dans des nominations, des marchés publics et la gestion d’entreprises stratégiques. Le débat change alors de nature. Il ne s’agit plus de corruption au sens classique. Il s’agit de savoir si des hommes d’affaires sont devenus suffisamment puissants pour peser sur les décisions de l’État. Cette affaire finira par emporter Jacob Zuma.
Il faut mesurer ce que cela signifie : l’Afrique du Sud est la première économie industrielle du continent. Elle dispose d’institutions robustes, d’une justice indépendante, d’une presse libre et d’une économie infiniment plus diversifiée que celle du Gabon. Malgré cela, le scandale Gupta a profondément fragilisé le pays. Alors imaginons un instant les conséquences d’une telle dérive au Gabon. Un pays lourdement endetté. Où l’accès à l’eau, à l’électricité, aux soins et à l’emploi demeure une préoccupation quotidienne. Un pays où chaque concession minière engage une part de l’avenir national.
C’est précisément pour cette raison que l’enquête publiée le 15 juillet par Africa Intelligence mérite donc d’être lue avec toute l’attention qu’elle mérite. Le média français décrit un homme d’affaires libanais, Khalil Rihan, comme un proche conseiller informel du président Brice Clotaire Oligui Nguema et lui attribue, directement ou indirectement avec son beau-fils, le Français Karl Rolly, une place prépondérante dans plusieurs dossiers miniers.
Toujours selon Africa Intelligence, Khalil Rihan interviendrait directement dans certains dossiers stratégiques. Il contournerait même parfois le ministre des Mines Sosthène Nguema Nguema, s’appuierait sur des relais au sein du ministère pour faire avancer ses dossiers et chercherait à peser sur certaines orientations de la politique minière gabonaise. L’enquête indique également qu’il se recommanderait régulièrement du chef de l’État dans ses démarches.
Si les faits rapportés devaient être établis, il ne s’agirait plus d’une simple affaire de permis miniers. Il s’agirait d’un scandale d’État sans précédent au Gabon. Ce qui, inévitablement, nous renverrait à une question fondamentale : qui décide réellement dans notre pays ? Les ministres ? Les institutions de la République ? Ou des officines plus ou moins opaques qui n’ont reçu aucun mandat du peuple ?
Voilà la seule interrogation qui mérite aujourd’hui une réponse claire, car les richesses du Gabon n’appartiennent ni à un clan, ni à un cercle d’initiés, ni à des intérêts particuliers. Elles appartiennent à la Nation. Les dirigeants passent. Les hommes d’affaires passent. Les régimes passent. Mais le Gabon leur survivra à tous. Il n’est la propriété de personne.
Il est l’héritage reçu de nos Anciens et le Bien sacré que nous avons le devoir de transmettre, intact, aux générations futures.
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Par Michel Ongoundou Loundah