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Nucléaire, manganèse et visite d’État : la tribune de Michel Ongoundou Loundah relance le débat sur les relations franco-gabonaises


Nucléaire, manganèse et visite d’État : la tribune de Michel Ongoundou Loundah relance le débat sur les relations franco-gabonaises

Michel Ongoundou Loundah Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Au lendemain de la visite d’État de Brice Clotaire Oligui Nguema en France, une tribune publiée sur Gabonews ravive le débat sur la nature des relations entre Libreville et Paris. Intitulée « Tapis rouge et poudre aux yeux : l’illusion du prestige postcolonial », elle défend une idée simple : derrière le faste des visites officielles et les honneurs protocolaires, les rapports de force entre les deux pays auraient peu évolué depuis plusieurs décennies.

Pour son auteur, Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur, le véritable enseignement de cette visite ne réside pas dans les images du tapis rouge ou les cérémonies de l’Élysée, mais dans les résultats concrets des négociations. « Entre Omar Bongo en 1984 et Oligui Nguema en 2026, la différence ne réside en réalité que dans la forme. Les ressources changent. Les dirigeants changent. Les éléments de langage évoluent. Mais la structure de la relation, elle, demeure d’une stabilité sclérosante. »

La tribune établit un parallèle entre deux moments de l’histoire diplomatique franco-gabonaise. En 1984, Omar Bongo est reçu avec faste par François Mitterrand qui se déplacera même personnellement à l’aéroport pour l’accueillir. Derrière les ors de la République, l’enjeu est pourtant stratégique. Le Gabon, producteur d’uranium grâce au gisement de Mounana, souhaite accéder à la technologie nucléaire civile. Selon l’auteur, cette ambition se heurte à un refus poli mais catégorique : Paris accepte l’uranium gabonais, mais refuse d’en partager le savoir-faire.

La couverture du livre Une Guerre, de la journaliste d’investigation Dominique Lorentz, cité par Michel Ongoundou Loundah dans sa tribune

Quarante-deux ans plus tard, Brice Clotaire Oligui Nguema arrive à Paris avec une autre ambition : accélérer la transformation locale du manganèse afin que le Gabon ne soit plus seulement exportateur de minerai brut. Là encore, observe Michel Ongoundou Loundah, l’objectif affiché se heurte à la réalité des négociations. Le protocole signé avec Eramet repousse l’échéance de l’industrialisation à 2031 et la conditionne à plusieurs préalables : disponibilité d’une énergie abondante, infrastructures adaptées, rentabilité économique et décision finale d’investissement.

Pour l’auteur, le parallèle est frappant. « En 1984, le refus portait sur le transfert d’une technologie nucléaire. En 2026, la transformation industrielle du manganèse est renvoyée à un horizon incertain. Les matières premières changent, mais la logique demeure : conserver la technologie tout en sécurisant l’accès aux ressources. » Selon lui, les visites d’État donnent l’image d’un partenariat privilégié, alors que les décisions les plus stratégiques continueraient de préserver les intérêts industriels français.

 

Les révélations de Dominique Lorentz remises en lumière

L’un des passages les plus marquants de la tribune s’appuie sur le livre Une guerre, publié en 1997 aux Éditions Les Arènes par la journaliste d’investigation Dominique Lorentz. Dans cet ouvrage consacré aux réseaux internationaux du nucléaire, l’auteure avance notamment la thèse selon laquelle un centre de recherches médicales installé au Gabon, aurait été utilisé, de manière marginale, dans certaines activités périphériques liées à l’enrichissement de l’uranium.

Michel Ongoundou Loundah ne présente pas cette thèse comme un fait établi, mais comme un élément de réflexion qui éclaire le paradoxe de la relation franco-gabonaise. « Le Gabon aurait fourni l’uranium, accueilli certaines activités périphériques liées au nucléaire, sans jamais avoir eu accès aux technologies civiles qu’il sollicitait. » Plus loin, il poursuit : « Le territoire gabonais a participé à la géopolitique de l’atome sans bénéficier du transfert de savoir-faire correspondant. Derrière les ors de la République se dessinait déjà une ligne rouge que Paris n’était pas disposé à franchir : partager une technologie stratégique avec un partenaire appelé à demeurer avant tout un fournisseur de matières premières. »

Pour l’auteur, cette lecture historique éclaire également le dossier actuel du manganèse : derrière les déclarations de souveraineté économique, les décisions concrètes continueraient de limiter l’accès du Gabon aux segments les plus stratégiques de la chaîne de valeur.

La tribune s’interroge enfin sur le rôle même des visites d’État. Celles-ci produisent des images fortes, des cérémonies solennelles et des symboles de prestige. Mais, selon Michel Ongoundou Loundah, elles peuvent aussi détourner l’attention des véritables enjeux économiques. Il cite notamment cette remarque d’un analyste politique béninois : « Les Africains aiment la fête et le shopping. À Paris, les délégations officielles trouvent toujours leur compte. »

Puis conclut : « C’est toute la force des artifices protocolaires : ils agissent moins sur les faits que sur leur mémoire. »

Et de lancer cette dernière réflexion : « Depuis des décennies, ce qui est donné à voir à notre peuple n’est pas la conquête de la souveraineté, mais la célébration du prestige, des réceptions officielles et des séances de shopping dans les beaux magasins parisiens. »

Au-delà de la polémique, la tribune pose une question qui dépasse la seule visite présidentielle : le Gabon pourra-t-il un jour transformer lui-même ses ressources stratégiques, ou restera-t-il cantonné au rôle de fournisseur de matières premières pour les grandes chaînes de valeur mondiales ?

RDB

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