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Gabon : 1 700 milliards de FCFA à recouvrer, la Restauration face au mur des détournements


Gabon : 1 700 milliards de FCFA à recouvrer, la Restauration face au mur des détournements

La Cour des comptes Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Trois ans après le 30 août 2023, les promesses de rupture sont-elles réellement suivies d’effets ? Alors que le pouvoir issu de la Transition avait fait de l’assainissement de la gestion publique l’un de ses principaux chevaux de bataille, la révélation de près de 1 700 milliards de FCFA de fonds non recouvrés replace brutalement la question de la gouvernance au cœur du débat. La « Restauration des institutions », portée par le Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI) après la chute du régime d’Ali Bongo Ondimba, devait incarner une rupture avec les anciennes pratiques : refondation de l’État, assainissement de la vie publique, meilleure gestion des deniers publics et renforcement des mécanismes de contrôle.
 

1 700 milliards de FCFA : l’addition de vingt années de gestion publique

  

Le premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, a annoncé ce lundi 7 septembre 2026 un délai de grâce accordé aux personnes physiques et aux entreprises concernées par des sommes mises en débet.

Au total, près de 1 700 milliards de FCFA seraient toujours dus à l’État gabonais au titre de dossiers remontant, pour certains, à une vingtaine d’années.

Le délai accordé court du 7 septembre au 7 octobre 2026. Passé cette échéance, les dossiers qui n’auront pas été régularisés pourraient être transmis à la justice répressive et leurs responsables traduits devant la Cour criminelle spécialisée.

Une mise en garde qui ressemble fort à un ultimatum.

 

Près de 600 dossiers sur la table

 

Derrière ces milliards se cachent près de 600 dossiers impliquant des personnes physiques et des entreprises.

Selon les explications du premier président de la Cour des comptes, sont notamment concernés des comptables publics et des ordonnateurs de crédits, parmi lesquels des ministres, des maires et des présidents d’assemblées départementales.

Des entreprises privées figureraient également parmi les débiteurs. Certaines auraient été payées sur fonds publics alors que les prestations ou travaux correspondant aux sommes perçues n’auraient pas été réalisés.

Des faits qui, s’ils étaient établis par la justice, mettraient en lumière les failles persistantes des mécanismes de contrôle et de gestion des deniers publics.

 

Quand les remboursements deviennent dérisoires

 

Le plus préoccupant reste peut-être le faible niveau de recouvrement.

Selon une source proche du dossier citée par Gabonactu.com, certains débiteurs qui remboursent ne verseraient que des montants « quasi symboliques » au regard de leurs dettes.

Plus spectaculaire encore, une source citée sous couvert d’anonymat affirme qu’un seul débiteur devrait 800 milliards de FCFA à l’État.

Soit près de la moitié des 1 700 milliards de FCFA à recouvrer.

Si ce montant venait à être confirmé, une question s’imposerait : comment une créance aussi colossale a-t-elle pu rester impayée pendant aussi longtemps ?

 

La « Restauration » à l’épreuve des actes

 

Depuis le 30 août 2023, le pouvoir a multiplié les annonces sur la lutte contre la corruption, la moralisation de la vie publique et la récupération des biens et fonds publics.

Mais une véritable rupture ne se mesure pas uniquement aux discours, aux réformes institutionnelles ou aux nouvelles dispositions légales.

Elle se mesure aussi à la capacité de l’État à récupérer effectivement l’argent public et à sanctionner, lorsque les faits sont juridiquement établis, ceux qui auraient indûment bénéficié des ressources de la collectivité.

Ces 1 700 milliards de FCFA constituent donc un test grandeur nature.

Car derrière ces sommes se trouvent potentiellement des écoles, des routes, des hôpitaux, des équipements publics et des politiques sociales qui auraient pu être financés par ces ressources.

 

Trois ans après, le même système ?

 

Le paradoxe est là.

Le régime de la Transition s’était présenté comme celui de la rupture avec les anciennes pratiques. Pourtant, trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, l’État se retrouve toujours confronté à des milliards de fonds publics non recouvrés, dont certains dossiers remontent à près de vingt ans.

Changer les institutions suffit-il lorsque les mécanismes de contrôle, de responsabilité et de recouvrement demeurent aussi fragiles ?

La « Restauration des institutions » ne sera véritablement jugée ni sur ses slogans ni sur ses promesses, mais sur ses résultats.

Et sur ce terrain, les 1 700 milliards de FCFA à recouvrer constituent désormais un sérieux test de crédibilité.

 

La prison est-elle vraiment la solution ?

 

Reste une autre question, plus profonde : la prison est-elle une solution durable ou simplement un problème que l’on déplace ?

Punir les responsables lorsque leur culpabilité est établie est une nécessité. Mais la sanction pénale ne saurait, à elle seule, garantir le retour des fonds dans les caisses de l’État.

Le véritable enjeu est donc double : sanctionner les fautes et récupérer l’argent public.

Car enfermer un débiteur sans récupérer les milliards dus ne remplit qu’une partie du contrat. Pour les Gabonais, l’objectif final reste le même : que l’argent détourné ou indûment perçu revienne effectivement à la collectivité.

C’est peut-être là que se joue la véritable mesure de la « Restauration » : non pas dans le nombre de personnes condamnées, mais dans la capacité de l’État à empêcher que les mêmes mécanismes se reproduisent.

 

La balle désormais dans le camp du pouvoir

 

Pour de nombreux observateurs, les révélations de la Cour des comptes viennent confirmer, voire amplifier, les éléments déjà contenus dans le rapport de la Task Force, dont les conclusions sont désormais entre les mains de la justice.

Ces informations, pour certaines déjà connues du grand public, prennent toutefois une nouvelle dimension avec les chiffres avancés par la Cour des comptes.

Une question domine : quelle sera la réaction du pouvoir ?

Après les discours sur la rupture et la Restauration, les Gabonais attendent désormais des actes.

Car au-delà des procédures judiciaires et des éventuelles condamnations, le véritable indicateur de la rupture sera simple : combien de milliards l’État parviendra-t-il réellement à récupérer ?

C’est à cette seule mesure que la « Restauration » pourra être confrontée aux faits.

 

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