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Gabon : Quand le pouvoir s’empêtre dans ses propres explications


Gabon : Quand le pouvoir s’empêtre dans ses propres explications

Michel Ongoundou Loundah, Sénateur de la Transition et président du parti REAGIR Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Parfois, ce qui menace un pouvoir n’est pas l’opposition, mais sa propre mémoire. Ou plus exactement les contradictions qu’il laisse s’accumuler au fil de ses récits successifs. C’est la réflexion que suscite la tribune de Michel Ongoundou Loundah, « La 5e République dans le piège de ses propres contradictions », publiée chez nos confrères de Gabonreview.

Depuis bientôt trois ans, les autorités gabonaises tentent de faire cohabiter deux versions des faits qui semblent pourtant difficilement conciliables. D’un côté, elles expliquent que le coup d’État du 30 août 2023 était devenu inévitable parce qu’Ali Bongo, diminué par la maladie, n’exerçait plus réellement le pouvoir. De l’autre, elles continuent de tirer leur légitimité institutionnelle de décisions, nominations et promotions prises sous cette même présidence qu’elles décrivent aujourd’hui comme inexistante.

C’est précisément sur cette contradiction que Michel Ongoundou Loundah revient en reprenant l’une des questions les plus redoutables formulées par Ali Bongo lui-même dans sa déclaration du 3 juin : « Qui l’a nommé ? Qui l’a placé à la tête de la Garde républicaine ? »

À elle seule, cette interrogation agit comme un révélateur. Car si Ali Bongo ne gouvernait effectivement plus, comme on nous l’explique depuis trois ans, comment aurait-il pu signer les actes qui ont permis l’ascension de plusieurs des principaux responsables aujourd’hui aux commandes de l’État ?
L’auteur résume cette impasse avec une remarquable clarté : « Soit les décisions prises durant cette période étaient valides, soit elles ne l’étaient pas. »

La logique est difficile à contourner. On ne peut pas soutenir qu’un président était incapable d’exercer ses fonctions lorsqu’il s’agit de justifier son renversement, puis considérer que les décisions ayant favorisé certaines carrières étaient parfaitement régulières. À moins, bien sûr, d’avoir décidé de placer la cohérence en résidence surveillée.

Le président de REAGIR relève également la fébrilité avec laquelle les soutiens du pouvoir se mobilisent chaque fois que les questions soulevées par Ali Bongo reviennent dans le débat public : « Lorsqu’une vérité a besoin d’autant de béquilles, c’est souvent qu’elle peine à tenir debout. »

La formule est élégante, mais surtout dévastatrice. À chaque contradiction mise en lumière, une cohorte de défenseurs de la version officielle surgit pour expliquer que le blanc est noir, que le noir est blanc et que les faits n’ont jamais eu lieu tels qu’ils ont été observés. Malheureusement pour eux, les archives ont souvent la mémoire plus solide que les argumentaires de circonstance.

Le passage le plus délicat concerne sans doute les décrets de janvier 2021. Là encore, Michel Ongoundou Loundah met en évidence un véritable nœud gordien : « Deux possibilités existent. Les décrets sont authentiques, et la thèse d’un président totalement absent des affaires de l’État s’en trouve sérieusement affaiblie. Ou bien ils ont été signés frauduleusement... » Dans le premier cas, le récit officiel vacille puisque le président exerçait manifestement encore une autorité effective. Dans le second, se pose alors la question de la validité des promotions et des responsabilités qui découlent de ces actes. Quelle que soit l’hypothèse retenue, le problème demeure entier.

La tribune soulève également une autre énigme que le débat public semble soigneusement éviter : celle du collège médical qui avait officiellement déclaré Ali Bongo apte à briguer un nouveau mandat en 2023.

L’auteur pose alors une question dont la simplicité n’a d’égale que l’embarras qu’elle provoque : « Si Ali Bongo était réellement inapte à exercer les fonctions présidentielles, pourquoi aucune procédure n’a-t-elle été engagée contre les médecins qui l’ont déclaré apte ? »

Question simple. Question légitime. Question toujours sans réponse.
Car enfin, si ces médecins disaient vrai, alors l’argument de l’incapacité présidentielle perd une partie de sa force. S’ils ont menti ou failli à leur mission, pourquoi aucun d’entre eux n’a-t-il jamais été inquiété ? Pourquoi aucune enquête n’a-t-elle été diligentée ? Pourquoi ce silence persistant ?

Au fond, le texte de Michel Ongoundou Loundah ne cherche pas tant à réhabiliter Ali Bongo qu’à réclamer de la cohérence. Et c’est peut-être précisément ce qui le rend si dérangeant.

Les gouvernements survivent souvent aux critiques. Ils survivent parfois même aux scandales. En revanche, ils résistent beaucoup plus difficilement aux contradictions qu’ils produisent eux-mêmes.
Lorsqu’un pouvoir commence à trébucher sur son propre récit, le danger ne vient plus seulement de l’opposition. Il vient des faits. Et les faits ont ceci de particulier qu’ils finissent toujours par réclamer des explications.

RDB

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