La charge de Michel Ongoundou Loundah contre le discours sur l’état de la Nation : entre critique de forme, déni de fond et contradiction institutionnelle
Le Président Oligui Nguema devant le Parlement. Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Dans une tribune publiée dans le numéro 061 de ÇaPresse Flash du 15 juin 2026, Michel Ongoundou Loundah livre une critique sévère du discours sur l’état de la Nation prononcé par le président Brice Clotaire Oligui Nguema devant le Parlement réuni en Congrès. Bien au-delà de la posture partisane, l’auteur développe une argumentation articulée autour de trois axes, la forme, le fond et la cohérence institutionnelle , qui questionne autant la méthode présidentielle que le fonctionnement du système politique gabonais.
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Une critique de méthode révélatrice d’un problème plus profond
C’est par l’angle de la forme que Michel Ongoundou Loundah engage son réquisitoire. À ses yeux, le texte présidentiel souffre d’un défaut devenu récurrent dans la communication publique contemporaine : l’absence de véritable travail rédactionnel. Il décrit froidement un discours « décousu, répétitif et dépourvu d’architecture intellectuelle », davantage comparable à un assemblage de notes administratives qu’à une adresse solennelle destinée à fixer un cap national. Mais l’élément le plus révélateur réside, selon lui, dans la présence d’annotations techniques qui auraient dû disparaître avant toute diffusion publique. Des mentions telles que « Émotion : empathie », « Émotion : sourire » ou encore plusieurs passages signalés comme « Hors discours » figureraient dans la version rendue publique. Ce qui pourrait passer pour une simple maladresse éditoriale devient, sous sa plume, le symptôme d’un manque de rigueur au sommet de l’État.
Pour l’auteur, cette négligence n’est pas anodine. Elle témoignerait d’une forme de désinvolture à l’égard de la parole présidentielle elle-même, pourtant censée incarner le plus haut niveau d’exigence institutionnelle
Au fond, la tentation permanente du bilan différé
Sur le terrain politique, la critique se fait plus incisive encore. Michel Ongoundou Loundah reproche au chef de l’État de s’être largement réfugié dans une rhétorique de l’héritage, attribuant les difficultés actuelles , pénuries d’eau et d’électricité, dysfonctionnements de la CNAMGS, chômage persistant, insécurité ou dégradation des services publics aux conséquences de l’ancien régime. Une argumentation qui pouvait encore trouver un certain écho dans les semaines ayant suivi le coup d’État du 30 août 2023, mais qui lui paraît désormais difficilement soutenable près de trois ans plus tard et plus d’un an après l’élection présidentielle qui a porté le général Brice Clotaire Oligui Nguema à la tête de l’État. L’auteur estime que les citoyens attendent désormais des résultats mesurables plutôt que des rappels constants des responsabilités passées. Selon lui, les Gabonais jugent aujourd’hui le pouvoir sur son bilan propre et non plus sur celui de ses prédécesseurs.
Cette critique s’accompagne d’une dénonciation de ce qu’il qualifie d’« opacité persistante » du régime. Il relève la multiplication des chiffres et des annonces, mégawatts disponibles, foyers raccordés, emplois créés, montants engagés, sans que soient systématiquement présentés des mécanismes de vérification indépendants ou des indicateurs permettant d’en mesurer concrètement l’impact. À ses yeux, cette accumulation de données non documentées risque davantage d’alimenter la défiance que de renforcer la crédibilité de l’action publique.
Le paradoxe institutionnel d’un pouvoir concentré qui célèbre les contre-pouvoirs
Le cœur de l’argumentaire porte toutefois sur la cohérence institutionnelle du discours présidentiel. Michel Ongoundou Loundah relève ce qu’il considère comme une contradiction majeure : le chef de l’État a vanté le renforcement des contre-pouvoirs devant une assemblée qui, précisément dans le cadre du discours sur l’état de la Nation, ne dispose d’aucun droit de réponse, d’aucune faculté de débat contradictoire et d’aucun pouvoir de vote. Pour l’auteur, cette configuration transforme l’exercice en un monologue institutionnel davantage qu’en un véritable moment de reddition des comptes. Il élargit ensuite sa réflexion à l’évolution du régime politique dit de la Ve République. Selon lui, la concentration des prérogatives présidentielles atteint un niveau inédit : chef de l’État, chef du gouvernement, chef suprême des forces de défense et de sécurité, président du Conseil supérieur de la magistrature, détenteur du pouvoir de nomination aux principales fonctions publiques et désormais investi du pouvoir de déchéance de nationalité. Loin d’y voir une simple clarification institutionnelle, il considère que cette accumulation de compétences fragilise l’équilibre des pouvoirs et réduit mécaniquement les espaces de contrôle démocratique.
Michel Ongoundou Loundah
Une conclusion religieuse qui interroge la conception de l’État
L’auteur s’attarde enfin sur la formule de clôture du discours présidentiel. L’invocation répétée de la bénédiction divine sur la jeunesse, les institutions et l’armée lui paraît difficilement conciliable avec le caractère laïque de l’État gabonais. Mais c’est surtout la distinction opérée entre l’armée et les institutions qui retient son attention. En les évoquant séparément, le président donnerait le sentiment de placer l’institution militaire dans une catégorie particulière, distincte du reste de l’architecture républicaine.
Pour Michel Ongoundou Loundah, ce choix sémantique n’est pas neutre. Il traduirait une vision dans laquelle l’armée demeure au centre du dispositif politique, alors même que la consolidation démocratique suppose précisément l’intégration pleine et entière des forces armées dans le cadre institutionnel commun.
Un discours qui révèle davantage une méthode de gouvernement qu’un état de la Nation
Au final, la tribune dépasse largement le registre de la simple critique partisane. Elle articule une critique de forme, un texte jugé mal construit et insuffisamment relu , une critique de fond , un pouvoir accusé de regarder davantage vers le passé que vers son propre bilan et une critique institutionnelle portant sur la concentration excessive des pouvoirs.
Selon l’auteur, le discours du 15 juin 2026 renseigne moins sur l’état réel du Gabon qu’il ne révèle une certaine conception de l’exercice du pouvoir, de la communication présidentielle et du rapport aux contre-pouvoirs.
Une lecture sévère, mais structurée, qui devrait nourrir le débat entre les défenseurs du régime et ceux qui estiment que le pays a désormais besoin de davantage de transparence, de contrôle démocratique et de reddition des comptes pour répondre aux défis de son époque.
RDB
